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Bulletin météo : des prévisions « imprévisibles »

Avec l’offre des services météorologiques de l’IGEBU, l’habitude de questionner le bulletin météo à la RTNB avant de planifier les activités du lendemain s’ancre petit à petit dans la conscience des Burundais. Alors qu’ailleurs la Covid-19 a fait baisser la fiabilité des prévisions de 15 %, quid de celle des prévisions de l’IGEBU ? Éléments de réponse dans un rapport de novembre 2020.

Il y a un mois, je me suis mise à un jeu bizarre. Pendant deux semaines, j’ai regardé les prévisions du bulletin météo de la RTNB. Objectif : établir la fiabilité de ces prévisions de là où je suis, c’est-à-dire à Gitega. Comme résultats, sur quatorze jours d’observation, les prévisions ont été exactes neuf jours, soit un taux de précision de 64,28 %. Sur les cinq autres jours, un beau soleil était annoncé, et je me retrouvais sous la pluie sans manteau et sans parapluie. Asthmatique que je suis, il m’est arrivé d’annuler un voyage, car la météo prédisait la pluie toute la journée, malheureusement, aucune goutte de pluie ne tombait. « Après tout, la météorologie est une science » me disais-je avant ma petite expérience. Maintenant mon impression est que la météo n’est jamais vraiment fiable.

Vrai ou faux ?

Quel temps aurons-nous demain ? Un ciel gris, nuageux, de la pluie ou une averse? Les services météorologiques de l’IGEBU sont maintenant sensés être capables de répondre à ces questions via le bulletin météo. En novembre 2020, un rapport évaluant l’état des lieux des services hydrologiques et météorologiques du Burundi, est sorti. Via ce rapport, j’ai appris que l’IGEBU élabore ces bulletins météo toutes les 24 heures à partir des données recueillies au Burundi couplées aux données obtenues des centres régionaux, dont ceux de « l’IGAD Climate Prediction and Application Centre » situé au Kenya. Le hic concerne les données recueillies au Burundi.

Selon ce rapport, l’infiabilité des prévisions météorologiques est un fait. « Pensez-vous que le bulletin météo est assez bon? Oui, au moins au niveau de toute une province, mais pour des prévisions plus locales, ils ne sont pas vraiment fiables en ce moment », répondait Babonwanayo Déogratias, du secteur météorologique de l’IGEBU.  Même Augustin Ngenzirabona, Directeur Général de l’IGEBU, ne disait pas le contraire car  il affirmait en mars 2020 qu’il était urgent d’améliorer les prévisions.

Pourquoi améliorer ?

Selon ce rapport, ce n’est pas le covid-19 qui est à la base de cette infiabilité comme ailleurs. Le service météorologique du Burundi dispose d’un faible réseau d’observation météorologique. Il a trois stations synoptiques installées avant l’an 2000, dont seulement un est fonctionnel. Au-delà de la vétusté et l’insuffisance des équipements, ce rapport signale que même ceux qui existent sont peu automatisés pour une analyse des données en temps réel, sans oublier le manque du personnel suffisamment qualifié.

Où est-ce que ça coince ?

Le rapport est très clair. De un, alors que l’inspection et la maintenance des équipements et réseaux devraient être faites une fois par trimestre, il arrive qu’elle ne se fasse qu’une fois par an. Encore plus préoccupant : en raison de l’absence d’un laboratoire national pour la calibration d’équipements, l’IGEBU est obligé d’envoyer son équipement à Nairobi, ce qui rend l’accès à la calibration difficile et cher. De deux, le traitement des données collectées se fait avec Excel alors qu’il faut  un logiciel plus performant. « Nous disposons d’un logiciel de traitement des données CLIMSOFT, mais il y a un manque de personnel qualifié pour s’en servir », expliquait Déogratias du service météo. De trois, l’enveloppe budgétaire de 42.320.000 FBU par an allouée à l’IGEBU n’a pas évolué ces dernières années, rendant impossible le recrutement et la formation continue de son personnel et le financement de la maintenance des équipements.

Les défis sont là et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils nécessitent des solutions urgentes. En attendant, nos yeux sont rivés vers les cinq stations synoptiques automatiques dont la mise sur pied est projetée d’ici 2025.

 

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Les commentaires récents (2)

  1. Le constant que vous avez fait cher blogueuse est partagé. Les bulletins météo sont vraiment biaisés et merci de nous éclairer sur les raisons kuko biciye bitahurika. Alors la balle est dans le camp de l’IGEBU et du gouvernement pour équiper et rehausser les connaissances des météorologues Burundais. Merci Yaga

  2. Je pense que la planification de ce secteur n’a pas tenue compte du renouvellement des ressources humaines qualifiées; je connais des vieux loups du métier très outillés dans la météo aujourd’hui à la retraite qui ne sont pas mis à contribution pour former les nouveaux. Ntawuvuka rimwe ngo yuzure ingovyi, accepter d’apprendre de ceux qui savent surtout qu’ils avaient été formés par l’état afin d’être rentables pour la nation n’est que sagesse. Avec les meilleurs équipements du monde sans personnel bien outillé ne serait que perte sèche. Apprenons apprenons!