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Bujumbura et ses constructions anarchiques : comment en sommes-nous arrivés là ?

« L’Afrique noire est mal partie », titrait René Dumont pour pointer les bases fragiles de l’Afrique post coloniale. Après la vague de démolition observée dans les grandes agglomérations dont la capitale économique, il y a lieu de se demander si les bujumburois ne paient pas un lourd tribut d’une urbanisation anarchique le long de l’histoire de la ville.

« La croix rouge que j’ai vu marquée sur ma clôture a été une lourde croix que j’ai dû porter dans mon cœur », raconte Félix, un habitant de Mutakura qui est parmi ceux qui ont été sommés de détruire eux-mêmes les clôtures de leurs concessions, avant qu’une chenille ne s’en charge.

Félix est victime des années de laxisme dans la planification rigoureuse et claire de l’urbanisme dans notre pays. C’est du moins l’avis de l’urbaniste Ir Iradukunda Jotham : « Pendant longtemps, on a construit en faisant fi de certaines règles et celles qui existaient étaient sacrifiées sur l’autel de la corruption », déplore-t-il.

Ce laxisme, c’est ce qui ressort déjà du rapport du SMUH (schéma municipal d’urbanisme et de l’habitat) de 1965, cité par l’historien Toyi Aloys dans « Crises de la démocratisation et politiques publiques urbaines de l’habitat dans la ville de Bujumbura de 1962 à 2009 ». Le rapport mentionne que « Le plan directeur d’urbanisme de Bujumbura fut présenté en mars 1966 aux autorités du Burundi. Depuis cette date, aucune décision n’a été prise quant à son application. Le plan directeur n’a toujours pas été soumis à une enquête publique et par conséquent n’a pas pu être approuvé ».

La démographie et les crises, des catalyseurs importants

Pour Toyi Aloys, « les constructions anarchiques, sont en quelques sortes une des conséquences des imperfections de la planification du développement urbain, surtout en ce qui concerne le volet foncier et immobilier. Dites illégales, elles ne sont pas un fait du hasard mais découlent plutôt d’un ensemble de demandes sociales non satisfaites par les pouvoirs publics ».

En manque d’une rigueur dans son aménagement, Bujumbura la belle s’est permise quelques infidélités aux canons de l’urbanisme. La capitale économique a accueilli un très grand nombre de nouveaux citadins attirés par les opportunités de la ville. Elle est d’ailleurs millionnaire en âmes.  

Cet afflux imposait des ajustements idoines. Ce ne fut pas le cas, ou du moins pas assez. C’est ce que note le géographe Sylvestre Ndayirukiye qui a par ailleurs dirigé une équipe d’universitaires qui ont écrit sur Bujumbura à l’occasion de son centenaire. « Le schéma directeur de la ville du début des années 1980 n’a pas été officialisé […] et l’urbanisation spontanée ne bénéficie pas d’une politique de planification. »

La crise de 1993 est également passée par là. « Malgré l’existence de sites défavorables à la construction, on voit naître les quartiers Carama et Kiyange au nord et Kanyosha au Sud », poursuit Ndayirukiye. Sans doute que pour les pionniers de ces quartiers naissants, des déplacés de guerre au demeurant, l’aménagement et les règles de l’urbanisme étaient le cadet de leurs soucis.

Le tout dernier schéma directeur officialisé en 2018 se montre plus ambitieux. Promettant une conurbation qui ira jusqu’à Gihanga à l’horion 2045, les péchés du passé, autant par action et par omission, doivent être judicieusement évités. C’est aussi le prix à payer.

 

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