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Quand Buja se fait belle, le poilissime en paye les frais

Dans la vague de démolition des constructions jugées anarchiques par la mairie, c’était le tour de l’avenue de l’Unesco ces 18 et 19 février. Les petits restaurants, accueillant en grande partie les étudiants du campus Mutanga de l’Université du Burundi, n’ont pas tenu sous les coups des gros marteaux démolisseurs, au grand dam des poilissimes.

Vendredi 19. Il est 18 heures passé de quelques minutes. Le pâté de restaurants  qui longent l’avenue de l’Unesco est particulièrement calme. Plus de brouhaha des étudiants qui venaient y manger ni celui des boys, ces infatigables moulins à vannes. Place aux échos de marteaux qui cognent sur les ruines de ce qui était jusqu’il y a peu, la consolation des estomacs de la plupart des étudiants du campus Mutanga. Les tenanciers déambulent dans les décombres à la recherche d’une planche de bois encore valide.

Des étudiants hébétés assistent à la scène. Une once d’inquiétude est perceptible dans leurs discussions. « Tugiye kuba abande ? » (Qu’allons-nous devenir ?), se demande l’un d’eux. Son camarade dédramatise, ou du moins essaie de détendre l’atmosphère avec un des principes bizarres chers aux poilissimes. « Quoiqu’il arrive, c’est Bujumbura la terre des poils. On va s’y faire. »

S’y faire, il en va de soi. Mais à quel prix ? Ces petits restaurants ont été, pour plusieurs promotions, indispensables à la (sur)vie au campus Mutanga. La Paroisse -le nom de ce campus dans le jargon universitaire- abrite le plus grand nombre d’étudiants logés. Parmi ceux-ci, très peu fréquentent l’icuma, le restaurant universitaire

Avec l’instauration du prêt-bourse, il faut accepter une coupe de 50000 Francs sur 60000 Francs pour avoir une carte de restauration. « Nous préférons les petits restos de Nyakabiga. C’est moins cher et tu peux varier à volonté ce que tu consommes, contrairement à l’icuma ou le menu ne change quasiment jamais », explique Eric, un étudiant logeant à la Paroisse. Ce phénomène est également observable sur d’autres campus de l’Université du Burundi.

Précarité et précarité et demie !

Si pour Gervais Ndihokubwayo, chef de zone de Nyakabiga, « il fallait raser ces constructions qui laisseraient penser aux touristes qu’il s’agit d’un village », c’est un changement radical de vie qui va affecter un bon nombre d’étudiants.

Ces restaurants offraient aux étudiants des plats à un prix académique (comprenez à très bas prix). « Il était facile d’y trouver la pâte de maïs accompagnée de haricots et des légumes avec un peu de sauce aux aubergines à 600 Francs. Cela nous aidait énormément », confie un étudiant rencontré aux abords de l’entrée du campus, côté Nyakabiga 3. 

D’autres restaurants se trouvent à l’avenue de la République. Là bas, c’est du haut standing pour la majorité des poilissimes qui avaient déjà du mal avec du low cost. « Une assiette à 1000 Fbu ? Je ne pourrais tout simplement pas tenir », tranche Claudine, une étudiante en Bac 2. Pour la jeune femme, l’espoir réside dans les deux-trois restaurants encore débout de la huitième avenue de Nyakabiga 3 dont les prix restent proches de ce qu’elle payait dans les restos qui viennent d’être rasés.

Tout cela arrive à un moment où les retards du prêt-bourse contraignent déjà les étudiants aux affres de la précarité. Sans sous, les tenanciers des restaurants rasés pouvaient patienter jusqu’à un mois quand le prêt-bourse tardait à venir. «  Ils nous laissaient manger à crédit, ce qui n’est pas gagné avec ceux avec qui nous allons devoir traiter dans quelques jours. Ils auront surement du mal à nous faire confiance malgré notre bonne foi », soupire Yvan*, un étudiant qui révélera peu après qu’il va désormais manger dans le ménage du tenancier à qui il avait déjà versé son abonnement pour le mois de février. 

*Pour souci d’anonymat le prénom a été modifié

 

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