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Bastonnades, spoliation, quand le rêve tanzanien vire au cauchemar

Ils sont nombreux, les jeunes qui vont tenter leur chance en Tanzanie. Voyageant clandestinement, ils sont souvent appréhendés violemment par la police tanzanienne et expulsés. Une partie d’eux est envoyée en transit sur la colline Mburi à Gisagara dans province de Cankuzo, loin de leurs familles, dans le dénuement total.

Sur la place du petit marché de Mburi, deux jeunes filles ne se quittent pas et font les cent pas entre les étals sans acheter le moindre article. Elles portent des foulards aux couleurs de camouflage de l’armée. À première vue, rien de particulier. On pourrait penser que ce sont des natives du coin qui viennent tuer le temps. Mais Mburi n’est qu’une escale d’un long périple qui les a trimballées de leur Rutana natal jusqu’aux bords de l’océan Indien.

Au début de cette odyssée, c’est l’ainée, Esther, qui répond à l’appel des sirènes du rêve tanzanien. « Il y avait des recruteurs qui sillonnaient notre commune de Bukemba de la province de Rutana à la recherche de jeunes travailleurs », fait-elle savoir. À quinze ans, elle saute sur l’occasion. Avec le consentement de sa famille, elle prend la route pour la Tanzanie. Elle a commencé à travailler dans  la ville de Moshi puis Dar-es-Salam. 

Aux yeux de l’adolescente, l’herbe est nettement plus verte sur les terres tanzaniennes. Elle décide de retourner chez elle pour embarquer sa petite sœur dans cette aventure. « Nous percevions chacune 50.000 Schillings par mois (70.000 BIF), de quoi aider notre famille ».

Sur leur chemin de retour, les deux jeunes filles tombent dans les mains d’une patrouille policière tanzanienne. Irrégulières, elles sont des proies faciles. « Ils nous ont battues et ont pris tout ce que nous avions sur nous », raconte Esther, amère. Adieu toutes leurs économies, les deux malchanceuses sont embarquées puis expulsées, destination Mburi, un coin où elles ne connaissent personne.

Irréguliers, laissés à leur triste sort.

Quand Lionel Niyomwungere a pris le chemin de la Tanzanie, il ne s’attendait pas à se retrouver dans une commune de l’est du Burundi dont il n’avait jamais entendu parler. Dans des périodes de vache maigre, ce jeune déscolarisé de 21 ans allait en Tanzanie et se faisait un peu d’argent. Pêcheur la nuit, coiffeur dans la journée, il retournait à Nyanza-lac en homme heureux.

Sa dernière expérience en Tanzanie lui laissera sûrement un souvenir amer. « Ils (policiers tanzaniens) nous ont confisqué nos téléphones. C’est dur car c’est dans nos cartes sim que nous mettons notre argent électroniques. C’est alors qu’ils nous ont ramenés à la frontière et les policiers burundais nous ont conduit ici.»

Tout ce fardeau retombe sur les épaules de Mwajuma Ntuntu, cheffe de la colline Mburi. Aucune infrastructure n’a été aménagée pour accueillir tout ce beau monde. Le bureau du chef de colline fait office de centre d’accueil. Aucun fond n’est non plus alloué à l’endiguement de ce flux. « À l’arrivée, c’est souvent moi qui me mets en quatre pour leur chercher de quoi mettre sous la dent. Ceux qui ne sont pas dépannés par la famille et qui y restent plusieurs jours travaillent comme journaliers dans les champs d’ici. Avant l’OIM les ramenait chez eux mais malheureusement cela ne se fait plus », explique Mwajuma.

Ces jeunes rencontrés à Mburi regrettent l’inaction de l’administration locale dans la restitution de leurs biens. L’administrateur de Gisagara, Gratien Nitunga affirme que cela est dû au fait que « ce sont des jeunes qui entrent clandestinement et que ces derniers ont souvent peur de faire parvenir leurs doléances auprès des administratifs parce qu’ils sont dans l’irrégularité ».

 

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