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Rwanda-Burundi : la nécessité de normaliser les relations sous un angle particulier

Le Rwanda ne cesse de manifester sa volonté en vue du rétablissement de bonnes relations avec son voisin du sud. La consolidation de la sécurité entre les deux pays voisins explique essentiellement cette main tendue de Kigali au gouvernement du successeur du « Guide suprême». Mais la « demande » de rapatriement des réfugiés du camp de Mahama en sera une épreuve.           

La sécurité est en fait la préoccupation première pour tous les États dans le monde, puissants et faibles. Ils ont tous une incertitude permanente sur les intentions des autres États à leur sujet. Et cette inquiétude est tellement intelligible en ce sens que l’insécurité perturbe le fonctionnement des États et les empêche de réaliser les projets de développement.  

En complément aux raisons apportées récemment pour expliquer cette volonté de normalisation des rapports entre le Burundi et le Rwanda, il sied d’abord de souligner que les rapports entre ces deux États ont été toujours en dents de scie

En période de tensions, les peuples des deux pays en pâtissaient toujours sur le plan sécuritaire. Et cela entraînait de graves conséquences notamment sur le commerce. En effet, les tensions récentes n’ont pas fait exception.   

Mort d’hommes, attaques,…

Côté burundais d’abord. Des pêcheurs et un militaire, ont été tués dans les eaux des lacs-frontières entre les deux pays. Des Burundais ont été abattus au niveau du poste frontalier de Ruhwa, dans la province de Cibitoke vers le nord-ouest du Burundi.  Des attaques ont été perpétrées sur le territoire burundais et le pouvoir les attribuait à son voisin d’outre-Kanyaru

Aussi, Gitega a accusé le Rwanda d’avoir envoyé un avion de son armée survoler le territoire burundais jusqu’à plus de quatre kilomètres en vue de faire la reconnaissance des positions militaires burundaises. Une affaire qui a fait même l’objet d’une plainte auprès de la CIRGL.  

Accusations semblables

Le Rwanda n’a pas été aussi épargné. Des Rwandais ont été tués dans des attaques, d’autres blessés dans une attaque des hommes armés « non identifiés » dans le district de la Rusizi, secteur de Bugarama. Selon les forces de sécurité rwandaises, l’attaque a eu lieu près de la frontière avec le Burundi et les malfaiteurs s’y sont retirés.  

Dernièrement, dans la nuit du 27 juin, un communiqué de l’armée rwandaise (RDF) a fait état d’une attaque contre une position militaire perpétrée par un groupe armé en provenance du Burundi. Etc. 

Bref, les relations entre les deux voisins se sont tellement envenimées depuis 2015 à telle enseigne que le Burundi n’a cessé d’accuser le Rwanda d’accueillir sur son sol des rebelles, des putschistes. De son côté, Kigali lui a toujours rendu la pareille en formulant des accusations similaires à l’encontre des autorités burundaises.  

Le commerce, l’autre victime

Les autorités burundaises ont interdit aux Burundais de vendre des vivres au Rwanda depuis juillet 2017 et ce sont les peuples des deux pays qui ont perdu. D’un côté, les produits burundais (fruits, huile de palme, farine de manioc, poissons, des haricots, etc) manquent beaucoup aux Rwandais. De l’autre, les Burundais ont perdu un marché d’écoulement.     

Pour rappel, le président Kagame a insisté récemment dans son échange en ligne avec les jeunes rwandais organisé dans le cadre de la commémoration de la libération du Rwanda, sur la nécessité des affaires entre les voisins. 

Que des tensions aient lieu entre États, cela est très simple mais si elles durent longtemps ou se pérennisent, c’est que les autorités à la tête de ces derniers privilégient des voies et solutions contre-productives s’inscrivant dans la radicalité. 

Des exemples à imiter 

Après le renversement du président Grégoire Kayibanda en 1973, le président Micombero a fait la paix avec Juvénal Habyarimana et ce, pour le bonheur des peuples burundais et rwandais. 

À la suite de l’incident diplomatique survenu en 1979 à Kigali contre le président Bagaza lors du Sommet des Chefs d’Etat de la Francophonie, le chef de l’État burundais et son homologue rwandais ont adopté la diplomatie de l’ouverture. 

« Il ne faut pas jouer avec le feu. Je sais que le Palipehutu est là. Je sais que les services secrets rwandais le savaient. Je sais qu’ils ont organisé ça. Dans la conférence des chefs d’Etat, il ne faut pas faire ces choses-là. Je vais vous mettre en garde, si vous continuez ça, vous savez qu’il y a une communauté rwandaise qui est solide qui vous a attaqué deux fois, je vais les armer et après on verra qui gagnera. Nous allons tous perdre. Quand il est arrivé là, il a chassé tous les Palipehutu du Rwanda », a témoigné plus tard l’ancien président de la République.

Pour rappel, lors de ce sommet, des réfugiés burundais à la suite de l’ikiza de 1972 alors établis au Rwanda ont distribué des tracts aux chefs d’Etat et de gouvernements présents. Et cela avait donné de l’urticaire au président Bagaza.  

Visiblement, la volonté est réciproque car  face à la main tendue de Kigali, le nouveau gouvernement a déjà exprimé son intention au travers de M. Albert Shingiro.  Lors de la remise et reprise aux Affaires étrangères, le ministre Shingiro a déclaré : « Nous essaierons de rétablir de bons rapports avec tous les pays du monde, les voisins et les pays de la région y compris ». 

Mêmes entrailles 

Les deux Généraux-Majors devraient dans un avenir proche matérialiser ce souhait partagé au plus haut sommet des États par la visite du premier à Kigali et du second à Gitega ou à Bujumbura. Mais avant d’en arriver là, la manière dont Kigali et Gitega vont gérer la demande de rapatriement des réfugiés du camp de Mahama sera une preuve de la volonté ou non des deux côtés pour le rétablissement de bonnes relations.  

Ce camp constitue en fait le gage de sécurité important pour Kigali face au pouvoir de Gitega qu’il n’a cessé d’accuser depuis 2015 de collaborer avec des FDLR, une question qui n’a pas encore été liquidée. Face à cette situation, ce ne serait pas politiquement étrange si les autorités rwandaises en tenaient compte dans la suite à réserver à la « demande » des réfugiés de Mahama.     

Burundais et Rwandais, turi Abavandimwe (nous sortons des mêmes entrailles). Dès lors, les tensions récurrentes devraient être comprises dans le sens de cette sagesse burundaise (peut-être partagée avec les Rwandais) : n’ibere rikunda kuyaga (ça relève de l’humeur naturelle de provocation entre frères).   

Entre chefs d’État, à la tête de petits et pauvres pays voisins, tous anciens rebelles et de même grade dans l’armée, le dialogue ne devrait-il pas plutôt être très limpide pour un meilleur avenir de leurs peuples ?  

 

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Les commentaires récents (8)

  1. I would really love to see both countries get back together , share everything as they use to be .. help and support each other as brothers countries … hopeful God will be in between and will provide more from above (peace&love progress and good health from their people ) I love Burundi and Rwanda u’re my favorite countries in the worldwide . I’ll always pray for the peace and blessings for both of you my lovely countries 🇧🇮🇷🇼❤️

  2. Votre article est partial dès son introduction. Entre ces deux Pays peut tu prouver comment le Burundi ne manifeste pas l’intention de renouer les bonnes relations avec le Rwanda? Du coup on dirais que vous voulez le condamner alors que la vérité pour le cas n’est qu’au singulier. Quand le message n’est pas correctement libérer, le résultat recherché devient facilement lisible malheureusmement et uniquement pour ceux qui en possèdent plus de clartés. Mais pour les autres vous ne faites que les enfoncer dans l’incertitude sur le cas. Ne commencer jamais votre information par jugements arbitraires mais plutôt libérer ce qui est vérité ou du moins équilibrer tout simplement votre information, ça serait professionnellement justice (si vous êtes professionnel de Medias bien sûr).

    1. Une analyse équilibrée plus que celle-là, vous ne la trouverez nulle part. C’est votre droit de dire que l’article est « partial ». J’aurais aimé en parler davantage avec vous en privé, malheureusement vous avez préféré l’anonymat, désolé !

  3. Le Rwanda n’est pas pauvre ( je suis burundaise ) …. Essayer d’écrire en kirundi svp ( au moins dans les articles qui concernent la politique ) !!

    1. @Inconnu
      « Rwanda’s GDP per capita in 1994 was $146. In 2017 it stood at $774 and is projected to have reached around $819.652 by the end of 2018, according to the International Monetary Fund.
      However, despite the country’s achievements over the last quarter of a century, poverty remains widespread in Rwanda.
      About 39 percent of the population lives below the poverty line and 16 percent lives in extreme poverty, according to government statistics… »
      https://www.trtworld.com/magazine/what-makes-rwanda-one-of-africa-s-fastest-growing-economies-23410

  4. C’est une situation très difficile qui est exacerbée par les discours menaçants de part et d’autre. Deux petits pays voisins devraient normalement par voie diplomatique trouver des solutions à leurs différends. Il faut mettre en sourdine les discours incendiaires et privilégier les canaux diplomatiques. C’est pour cela que les ministères des relations extérieures existent.