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Que retenir de la campagne électorale ?

Dans le pays des tambours sacrés, les meetings ressemblent à de grandes fêtes. On aura vu nos candidats rivaliser de talent et de moyens financiers pour rassembler les foules alors que les projets de société ne sont que des entractes.

De par le passé, force est de constater qu’on perd beaucoup de temps, d’énergie et de moyens financiers juste après le scrutin suite aux contentieux électoraux émaillés de violences.  

Des leaders religieux, de la société civile et certains membres des corps diplomatiques ne cessent de rappeler à nos “élites” concurrentes la dimension culturaliste de la démocratie tant au niveau du processus électoral que dans la phase post-électorale. Faut-il se bercer d’illusions qu’ils vont être démocrates ? N’est-ce pas qu’on leur demande une chose dont on est sûr de ne pas avoir ?

On est mal parti

Avec la bipolarisation de l’arène politique actuelle, les prémisses d’un conflit se sont affichées durant la campagne électorale. À l’origine, c’est le mouvement massif derrière Rwasa qui gêne le parti au pouvoir, comme le constate le politologue Julien Nimubona. En effet, différentes autorités et surtout le porte-parole de la police imputent 95% des cas de violence aux Inyankamugayo. Des accusations déplacées et partisanes selon les accusés.

Le politologue Denis Banshimiyubusa situe le problème au niveau de la gestion de la période de l’entre-deux-élections. Pour ce spécialiste des partis et des élections, le Burundi a vécu un espace politique verrouillé après les élections de 2015. Dans un contexte pareil, la campagne électorale constitue un moment privilégié de manifester son ras-le-bol.

Mais aussi, l’enjeu est de taille

Au Burundi comme dans pas mal de pays africains, l’enjeu de la compétition électorale est sans doute le partage du « gâteau national” d’autant plus que pour certains, la politique est un raccourci pour s’enrichir. Et c’est le sommet qui est le plus visé.

Pour les tenants du pouvoir, la lecture serait : soit on perd, les clients partent et perdent le matériel et le symbolique. Soit on gagne, les clients continuent à exercer le pouvoir. Pour les prétendants, c’est une occasion de se qualifier en disqualifiant les autres et ainsi atteindre la “guérison” sociale. Il s’agit d’une question de vie ou de mort matérielle, symbolique et parfois même physique où tous les coups sont permis.

La donne actuelle correspond à cette réalité. Pour s’en rendre compte, il suffit de visiter le contenu des discours à l’endroit des sympathisants et surtout des militants qui investissent leurs facteurs temps et moyens. D’un côté, Le Samuragwa et son parti parlent comme si les élections avaient déjà été gagnées. De l’autre, le principal challenger, tranquillise ses militants que contre vents et marées, la victoire est cash. Tous s’attendent impérativement à une victoire. Une élection, deux gagnants, cela ne peut pas se faire.

À travers la danse des mots

Ici deux partis se démarquent des autres. Les slogans et chansons lancés par les meneurs de campagne ne font que susciter inquiétudes.

À titre illustratif, les slogans comme “caratuvunye ntitubaha” (il ne faut pas lâcher, nous avons tant souffert), “tuzogahinyanyura” (nous allons faire un truc), “ni barindire imyaka amajana atanu” (qu’ils attendent cinq cents ans),… sont chargés de sens. La réaction des membres du CNL est on ne peut plus accusatrice : “Nibatubise igihugu ntigitwarwa n’ibimuga” (qu’ils partent, le pays n’est pas gouverné par des handicapés), “tsinda abanyonyezi” (défaite des fraudeurs), … J’ose espérer que ces chansons ne viennent pas des états-majors des partis. Si ce n’est pas le cas, pourquoi on ne pipe pas mot quand on les entonne devant eux ?

Nul besoin de rappeler ce que nous devons faire nous autres électeurs le 20 mai. Je pense que nous avons tiré plusieurs leçons, d’ailleurs notre Président nous recommande de voter avec conscience. Je m’adresse par contre aux membres de la CENI : jouez pleinement votre rôle comme le veut la lettre “I” sur ce sigle. Quant à vous chers politiques, vous êtes accusés en vrac de pas mal de choses, donnez-nous le temps de vous pardonner ! Si vous avez déjà préparé un discours de victoire, songez aussi à celui de la défaite. Votre plan A est de gagner, quel est votre plan B ?

 

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