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« Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage » : le mariage contre-nature

Au Burundi, l’Environnement, l’Agriculture et Élevage font partie d’un même ministère. Un mélange antinomique, inconciliable, un mariage contre-nature, selon des experts de l’environnement… Analyse.

Après l’investiture du nouveau président de la République, Evariste Ndayishimiye, les environnementalistes et autres amis de la nature s’attendaient à un retour d’un ministère indépendant en charge de l’environnement. « C’est ma prière. C’est mon souhait le plus ardent : celui de revoir un ministère propre qui va s’occuper de l’environnement, de l’eau, de la biodiversité, de la gestion des déchets, du changement climatique, etc », avait émis un des défenseurs de l’environnement. 

Néanmoins, sa prière comme celle de tant d’autres environnementalistes n’a pas été exhaussée. Un ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage nous est revenu au galop, avec pour principale mission d’augmenter la production, vaincre la faim et permettre aux Burundais de manger à leur faim. Ce qui doit passer inévitablement par : défricher pour avoir de nouveaux espaces agricoles, déboiser pour installer des champs de pommes de terre, étendre les superficies théicoles pour augmenter la production du thé, utiliser les pesticides & insecticides, des engrais chimiques, etc. 

Or, analyse cet environnementaliste, des pesticides, des insecticides tuent des insectes, des êtres vivants très utiles pour la fertilité du sol. « Ils polluent l’eau, la nappe phréatique et ont aussi des effets négatifs sur l’environnement. ». S’exprimant sous anonymat, il souligne qu’en utilisant les engrais chimiques, on peut enregistrer une bonne production pour une, deux ou trois années mais celle-ci baisse au fil du temps. « À son absence, le sol devient totalement improductif. » 

L’agriculture ennemie de l’environnement

Il affirme que l’agriculture est l’ennemi numéro1 de l’environnement, des forêts et des aires protégées. Dans le cas du Burundi, il donne l’exemple de la Kibira où prennent sources plusieurs rivières, où est installé le principal barrage hydroélectrique du Burundi : barrage de Rwegura. 

Aujourd’hui, d’importantes étendues de pomme de terre, de thé, etc. sont installées à la lisière de ce patrimoine et ne cessent de s’agrandir : l’objectif étant d’augmenter la production. Or, si la Kibira disparaît et laisse place aux champs, ça sera la catastrophe : des sources de ces cours vont tarir, des perturbations pluviométriques vont s’amplifier, etc. Et économiquement, les pertes seraient incalculables. Même cette agriculture ne sera pas praticable.  

Mais, s’il y avait un ministère propre de l’environnement, l’ampleur ne serait pas la même. Aujourd’hui, il n’y a presque personne pour plaider pour la Kibira : le grand souci étant la sécurité alimentaire. 

Juge et partie

« Il faut qu’on soit prévoyant et clairvoyant pour pouvoir ménager les deux. Comme ménager la chèvre et le chou, il faut peut-être empêcher la chèvre de manger le chou », souligne un autre expert en environnement.

Reconnaissant qu’au Burundi,  l’agriculture est vraiment primordiale, qu’on en a grandement besoin, il mentionne toutefois que nous avons tout aussi besoin de l’environnement. « On doit bien mettre en relief le secteur de l’environnement et la biodiversité. Ce secteur mérite un cadre administratif à part entière », note-t-il, plaidant pour un ministère avec un cahier de charge bien déterminé et précis pour s’occuper des problèmes de l’environnement, la biodiversité, des aires protégées, de la gestion de l’eau, etc. Car, justifie-t-il, un pays comme le Burundi, où plus de 90% de la population s’occupe de l’agriculture, et où l’on a encore des gens qui ne mangent pas à leur faim, on doit donner beaucoup plus d’importance sur le secteur agricole et l’élevage. « Et s’il faut encore mettre le paquet sur l’environnement, c’est trop demandé. Il faut être des extraterrestres pour faire tourner l’environnement, l’agriculture et l’élevage au même niveau, dans un même ministère. »

Et de rappeler que l’agriculture vient en tête des grandes menaces de l’environnement et la biodiversité. En effet, argue-t-il, elle entraîne le drainage des marais, l’occupation des zones humides, la destruction des forêts, l’habitat des animaux, etc. 

 

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