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Florian Nifasha, l’homme qui nous réinventa « Ntare Rushatsi »

Son film d’animation, Ntare Rushatsi the lion and the sheep, est sans doute l’événement qui a marqué l’actualité du septième art au Burundi en 2019. Portrait.

À vrai dire, Florian Nifasha ne s’attendait pas à ce que son film d’animation cartonne. « J’avais décidé que Ntare Rushatsi sera ma dernière production et que j’allais décrocher pour du bon », confie-t-il. 

La raison : le jeune Florian voit mal vivre de son art à Bujumbura. En dépit d’une dizaine de courts-métrages réalisés, son envol se faisait toujours attendre. Une résignation donc justifiée ? Peut-être. Mais Ntare Rushatsi n’avait pas encore dit son dernier mot. Tel un sauveur, cette production est venue raviver sa passion agonisante. « Je m’attendais à avoir quelques personnes lors de la première projection à l’Hôtel source du Nil. J’ai été agréablement surpris de voir la salle pleine », se souvient-il. Nifloof’s Motion pictures, sa maison de production créée en 2015, vise à faire des films qui reflètent les réalités africaines.

Sa mère le croyait fou

Florian Nifasha est né à Kinindo en 1988 et a grandi à Gihosha. Il a fait sa scolarité tour à tour à l’École indépendante, au Lycée du Saint-Esprit et pour finir à l’École Saint-Michel archange. C’est un « towner » pur jus. Aîné d’une fratrie de deux enfants, le futur « Walt Disney burundais » a perdu  son père à seulement trois ans. Il fut donc élevé par sa mère. 

D’ailleurs, Florian affirme que sa « daronne » a été et demeure son premier soutien. « Elle a accepté de payer mes études en Inde alors que j’avais décidé de faire des études en production des films d’animation. Une discipline étrange aux yeux de nombreux parents burundais. » Pour la petite histoire, la propension très prononcée de son fils pour le dessin l’avait  inquiétée au départ. « Déjà tout petit, il dessinait tellement que je l’ai emmené consulter un psychologue », raconte sa maman. Bien entendu, aucune anomalie n’a été remarquée.

Prêt à tout

D’un gabarit imposant, le réalisateur de Ntare Rushatsi arbore une coiffure rasta. Ses dreadlocks viennent s’échouer sur ses épaules. Néanmoins, nuance-t-il, il n’en est pas un. Sa coupe de cheveux remonte en 2017. À cette époque, Florian Nifasha et ses amis  sont en train de préparer un film retraçant le difficile et pénible parcours des artistes musiciens au Burundi. Parmi les rôles, y figure celui où quelqu’un doit avoir des dreadlocks. « Personne n’a voulu le prendre. Je me suis proposé et depuis, je les porte sur ma tête. Mais je vais les enlever bientôt », fait-il savoir, un brin souriant. 

« Viral », le film dans lequel il a joué, recevra le prix  du meilleur court-métrage lors de la Festicab 2017. Bien qu’il ne soit pas rasta, Florian est quand même mélomane. Ses goûts musicaux penchent plutôt pour le reggae dancehall (Sean Paul), le pop (Pink) et le gospel (Hillsong). Parallèlement à ça, il fait de la natation et joue aux jeux vidéo pendant ses moments de détente. Son favori est Flight similator dans lequel on pilote un avion. En passant, devenir pilote était son deuxième rêve. 

Ouvert à la critique

Aarnie Dushime est l’une des actrices qui ont joué dans le film d’animation. Elle décrit Florian comme ouvert aux critiques et très endurant. « Parfois, nous lui faisions refaire des dessins sur lesquels il a travaillé pendant des nuits. Il s’y remettait sans broncher ». En parlant de critiques, le film  a été reproché d’être en anglais, donc inaccessible aux Burundais. Le jeune réalisateur apporte une explication : « Cela a été fait dans le but de conquérir les marchés internationaux. Sinon, nous pensons faire une version en kirundi,  si les moyens nous le permettent ».

Pour l’heure, l’équipe de Nifloof’s Motions Pictures est occupée à faire des tournées de promotion aux quatre coins du globe. Elle a fini à Beijing, les prochaines destinations seront Washington, Montréal et Ottawa. 

Cet article fait partie d’un dossier pensé et rédigé par les blogueurs de Yaga pour mettre en lumière les 25 jeunes burundais qui se sont démarqués pendant l’année 2019, dans différents domaines de la vie sociale.

 

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