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« Fablice » Manirakiza, de la rue à promoteur immobilier

D’abord mendiant dans les rues de Ngozi, puis un bref passage dans le maquis comme enfant-soldat, l’exil et enfin la gloire… Retour sur le parcours atypique de ce jeune burundais qui est en train de se faire un nom dans le monde entrepreneurial burundais.

On le retrouve aujourd’hui sur la prestigieuse plateforme TEDx, vantant le pouvoir de l’éducation. On le voit signer un duo avec Paul Kelly, une pointure de la musique australienne, ou encore sillonner dans plus de 500 établissements scolaires australiens pour y lâcher son flow de rappeur reconnu… mais peu savent que la vie de Fablice (oui, avec un l) n’a pas toujours été rose. Loin de là ! « J’ai vécu un véritable chemin de croix avant de suivre cet appel du ciel qui m’a mené  jusqu’en Australie », fait savoir le jeune homme. 

Nous sommes en 1993. Fablice a un an. La guerre fait rage au Burundi. Des vies sont fauchées sur plusieurs collines. Pour fuir la folie meurtrière, sa famille décide de passer la frontière et trouve refuge au Rwanda voisin. « C’était la seule alternative pour sauver notre peau », raconte-t-il. Mais le séjour au pays de Habyarimana n’offrira pas le répit tant attendu. Avec le génocide de 1994, ils sont obligés de revenir au Burundi. 

Bienvenue en enfer

 « Mes parents ont été tous tués quand j’avais huit ans. Mayibobo est devenu ma nouvelle vie.». Le jeune enfant se retrouve dans les rues de la ville de Ngozi, à faire la manche. La générosité des passants qui lui offrent une pièce est sa seule ressource. À 11 ans, il est capturé par des hommes armés et goûtera à l’amère soupe de l’enfant-soldat. Il s’échappera deux semaines après. 

Cette histoire parvient aux oreilles de sa grande sœur qui vivait alors au camp de Lukole en Tanzanie. Malgré sa situation qui n’est pas des plus reluisantes, elle décide de prendre sous son aile le benjamin, et ensemble, ils s’inscrivent sur la liste du programme des Nations Unies pour trouver un pays d’accueil pour les réfugiés se trouvant dans des camps en Tanzanie.

Cette fois-ci, raconte Fablice « les divinités nous ont  souri ». Ils sont acceptés et se retrouvent sur la liste de ceux qui vont s’envoler pour l’Australie. Cependant, l’appréhension subsiste : « Des rumeurs courraient dans les camps de réfugiés comme quoi les noirs qui vont chez les blancs sont transformés en savon ou sont dévorés ». Avertis, Fablice, sa soeur et ses neveux prennent quand-même le « risque » et s’envolent à l’autre bout de la terre. « Même dans mes rêves les plus fous, je n’avais jamais osé m’imaginer dans un avion, je n’en croyais pas mes yeux ! »

Le Graal

C’est un Fablice qui ne sait rien de cet immense pays qui débarque de l’autre côté de l’Océan Pacifique. Il est impressionné. Après l’émerveillement, place à l’intégration. Le jeune homme suit des cours d’anglais. S’en suit alors un cursus qui aboutira sur un diplôme en International  Business qu’il essaie de compléter actuellement avec un autre en criminologie et justice.

Faisant preuve d’adaptation facile, il est élu président de la communauté burundaise de l’état de Victoria pour une période de quatre ans. Le gouvernement fédéral le décorera à plusieurs reprises pour son apport sur la scène culturelle du pays.

Auréolé de cette notoriété, l’Action aid Australie le recommandera à son homologue burundais. « Nous étions en vacances, et  Action aid nous a offerts un tour du Burundi. J’ai donc réalisé à quel point nous avions un très beau pays », se souvient-il.

C’est à ce moment que l’idée Come and see Burundi(Csbu) naît. Grâce à sa boîte d’une dizaine d’employés à temps plein au Burundi, des touristes de tout bord viendront visiter le pays de Mwezi, affirme, confiant,  Fablice.

« Csbu », c’est aussi une agence de marketing des produits burundais dans plusieurs pays occidentaux. « Le succès est là. Dans un avenir proche, nous allons nous lancer dans le e-commerce », promet le natif de la commune Mwumba. 

Ambitieux, Fablice est aussi derrière un projet colossal dans l’immobilier en gestation, avec plusieurs milliards à la clé : construire 35 maisons modèles à Bujumbura et 90 à Gitega. « Les prix graviteront  autour de 300 millions pour chaque maison, mais c’est variable selon les vœux du clients ». De quoi conforter ceux qui traversent une mauvaise passe et donner des idées aux jeunes de la diaspora.

Cet article fait partie d’un dossier pensé et rédigé par les blogueurs de Yaga pour mettre en lumière les 25 jeunes burundais qui se sont démarqués pendant l’année 2019, dans différents domaines de la vie sociale.

 

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