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« Étudiante et femme de ménage, et j’en suis fière »

Ce n’est peut-être pas compréhensible et facile à croire qu’une jeune fille instruite et « towneure » comme on aime le dire soit une femme de ménage.  Mais comme nos ancêtres le disaient, « ntamwuga udakiza atari uwo kuroga »*. Voici mon histoire.

Je suis une jeune fille de 24 ans, née et grandie à Bujumbura. Je suis étudiante en Bac 2 en gestion et administration. Deuxième d’une fratrie de 5 enfants, on vit par le labeur de ma mère. 

Quand j’ai terminé mes études secondaires, mon ambition était de continuer avec l’université. Mais comment allais-je payer le minerval alors que maman parvient difficilement à nous nourrir et nous loger ? Lui demander de me payer le minerval était une charge de trop. J’ai donc décidé de chercher un travail bon gré mal gré. Mon premier job fut le service dans un restaurant. Avec l’argent que je gagnais mensuellement, je suis parvenue à me payer le minerval et satisfaire mes besoins primaires mais aussi je prêtais un coup de main à ma mère pour les charges de la famille. 

La galère…

Un jour, je suis tombée malade. Une semaine, deux et puis trois semaines et le boss ne pouvait pas supporter mon absence. J’ai été renvoyée à cause de ma maladie, retour à nouveau dans la galère. Et cette fois-ci, ce n’était pas comme avant, j’avais mes charges à assumer. Je venais de dilapider la fortune qu’on n’avait pas en faisant les tours de tous les hôpitaux de Bujumbura. Vous sentez donc la misère dans ma petite famille. Maman n’en pouvait plus. 

À part qu’elle était désormais habituée à avoir mon aide régulièrement, désormais elle devait aussi acheter des médicaments pour sa fille. À peine je me suis rétablie, une amie m’a appelé pour me demander si je pouvais travailler dans une entreprise comme femme de ménage. Je n’ai pas hésité, je lui ai demandé tous les détails. 

Et les moqueries s’en suivent 

Avant que j’aille à la rencontre du chef de cette entreprise où je devrais travailler, j’ai parlé à quelques amies pour leur demander des conseils pour une interview. Toutes étaient réticentes, « mais pourquoi tu t’habitues à ce genre de travail minable ?»  

Cette question revenait à chaque fois que je parlais de mon intention d’aller demander ce travail. Certaines de mes amies se disaient déçues, elles qui avaient jubilé ayant appris que mon job de serveuse a pris fin. Mais j’ai décidé de sauter le pas, j’avais besoin de ce travail et les moqueries des soi-disant amies ne m’arrangeaient pas du tout. J’ai vite contacté l’entreprise et l’heure de l’interview a été fixée. 

Je suis épanouie et je gagne ma vie

Quand il m’a vu entrer dans son bureau pour l’interview, le chef d’entreprise était surpris. Mais je l’ai tranquillisé, « Je sais ce que je vais faire une fois embauchée et faites-moi confiance, je le ferais bien ». Heureusement, j’ai décroché le boulot. Au fond de moi, j’étais confuse, vais-je être à la hauteur ? Et cette façon dont les employés traitent les femmes de ménage, vais-je le supporter? J’avais moult questions sans réponses. 

Mon premier jour comme femme de ménage fut un succès. Tout le monde au bureau m’a accueilli avec courtoisie. Je me suis sentie aimée et bienvenue. Maintenant, je travaille bien et gagne ma vie honnêtement. Je gagne doublement car ils me servent de modèles, j’apprends beaucoup d’eux. Certains d’entre eux m’encouragent, me guident et j’ai beaucoup d’estime envers eux.

Oui, je travaille comme femme de ménage, et je suis fière de l’être. Il n’y a aucun travail minable qui existe, il suffit seulement d’avoir le courage et de mettre l’orgueil de côté. Pour moi, le courage n’a jamais été l’absence de peur ou de désespoir, il a toujours été la force de les apprivoiser. Et la seule façon de faire quelque chose de meilleur, c’est d’aimer ce que tu fais et de vivre la vie que tu aimes. 

* « Il n’y a pas de mauvais travail, sauf la sorcellerie », ndlr

 

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Les commentaires récents (12)

  1. C’est une histoire émouvante. C’est un modèle pour ces jeunes chômeurs qui passent leur temps à lézarder en ville en attendant la providence.

  2. I LOVE YOU!!!!!!! Courage à toi 😍 mène ta vie comme bon tu l’entends, à bas les préjugés! Ton histoire poussera d’autres jeunes à sortir de leurs zones de confort
    MERCI d’exister

  3. Excellent! J’espère que ce témoignage va ouvrir les yeux de plusieurs jeunes Burundais.
    Par contre, être renvoyée du travail parce qu’elle était malade! Où sont les droits qui protègent les employés?

  4. Je suis impressionné par cette jeune dame qui a pris le courage de ne pas rester mandiante et de faire le travail dit « minable ». J’interpelle les autorités burundaise pour reglementer cetravail afin de revaloriser la droit de des travailleur. Les femmes de menage (abayaya) et lez garcons de menage (ababoyi) sont aussi des travailleurs au meme titre que tout fonctionnaire ou employé du secteur privé. Ils devraient être régis et protégé par la loi: un salaire minimum, un contrat de travail, etc. Cela decouragerait certains soit-disant boss epris de feneantisme qui se content d’embocher alors qu’ils n’ont pas de moyens financiers suffisant. Et pour conséquence, ils ne traiteront aucun dossier sans pot de vain… d’autres s’arrangeront pour trouver faute grave chez les bayaya ou baboys et de les virrer sans leur payer quoi que ce soit…..

    1. @Tom: « …alors qu’ils n’ont pas de moyens financiers suffisant… »
      Mon commentaire:
      Ce que vous ecrivez est le message que l’on pourrait tirer de la chanson STRESS by B-Face ft. Yoya Jamal (official audio).
      Umuhanzi w’umurundi Sat-B (= Boniface Girukwishaka) aturirimbira ko ashobora no kwiyahura kuko afise abana bose bashika ku ndwi kandi AKAGIRA N’ABAKOZI (bo mu nzu), ideni ry’inzu aheranye ni iry’umwaka n’amezi, konteri nayo ku mwanya iraharura amazi n’amashanyarazi…
      Imodoka nayo murazi ntinywa amazi…
      https://www.youtube.com/watch?v=8K0rP_nBA1s