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Dette intérieure : l’autoroute vers la pauvreté

« Respecte les émotions des autres, car si cela ne signifie rien pour toi, peut être que ça signifie tout pour eux », écrivait un auteur anonyme. On vit une ère où  l’on respecte ceux que l’on choisit de respecter  et dénigre ceux que l’on choisit de ne pas comprendre ni entendre.

Il y a des personnes dont même l’évocation inspire un rejet, un écart, voire un dégoût. Ils réparent les téléphones, ils  »conduisent » les taxi-vélos, ils assurent la liaison entre clients et acheteurs ou techniciens et vendeurs (connaisseurs/commissionnaires), ils travaillent à la portière des bus, ils colportent les habits au quartier, ils sont  vendeurs ambulants de « chaînettes originales » pour quelques  poussières de francs burundais. La liste est très longue et pourrait constituer un article à lui tout seul. Pourquoi sont-ils là? Certains d’entre eux  ont atterri sur ce terrain par dépit (jeunes diplômés sans emploi,  »déserteurs » d’école faute de moyens, abandonnés par leurs familles, ceux qui ont perdu leur dernier boulot, etc), d’autres y sont par choix.

Alors, où est le problème? 

Le problème c’est que les  »gens  bien » voient ces  »oubliés » comme des problèmes de plus. Pourquoi nous crient-ils dessus sans discipline? Pourquoi nous forcent-ils à aimer et acheter leurs articles? Pourquoi veulent-ils sonder la raison de notre circulation en ville? Pourquoi nous dérangent-ils pendant la sieste en criant  »za ndagala »? Et j’en passe.

Certes, ils peuvent être impolis. Assurément, certains d’entre eux sont impropres, bavards, turbulents. Ils pensent pouvoir trouver un marché et parfois ils appellent cela compétence et compétitivité. Comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de justifier le désordre, l’incivilité, les fautes et l’indécence. J’essaie simplement de nous aider à  les comprendre et voir au-delà de leurs imperfections.

Je le répète, mon article ne tient en aucun cas à avaliser les dérives et les dérapages de cette ou ces catégorie(s) des « self-employed », mais à nous rappeler que ces faiseurs de bruit sont des mamans avec 4 à 8 enfants à nourrir, des papas avec 5 enfants à scolariser et faire soigner, des jeunes gens dans la trentaine désireux de fonder un foyer et avoir un avenir meilleur, des jeunes filles qui ont échappé à la prostitution et essaient de se rétablir, des enfants desquels toute la famille dépend, des retraités avec des dettes à rembourser, des étudiants qui doivent travailler pour payer leur minerval, etc. Leur  »malchance » et grand délit est qu’ils manquent de tout, décence et discipline comprises. Ils agiraient autrement dans ton bureau ou ta villa, dans ta voiture ou dans une étoffe  CS Jeans, dans ton T-shirt  Luis Vuitton ou Polo, etc.

S’en débarrasser ou les embrasser? 

Peut-être ton cœur a été touché et tu les vois autrement maintenant. Tu ne veux pas te débarrasser d’eux, non plus les embrasser. Je dis : « Pas de problème! ». Mais au moins il y a des choses qu’on peut leur faire sans nous faire du mal. Pourquoi ne pas répondre avec un simple oui ou non au convoyeur qui te demande si tu vas en ville ou pas? Ça ne ferait pas mal de montrer par signe au cambiste que tu ne viens pas échanger des devises,  dire à ce garçon que tu as d’autres chaînettes ou que tu n’en as pas besoin pour le moment , ça serait bien poli de dire à ce connaisseur que tu n’as pas besoin de pochette ou blindage. Cet effort de communiquer sobrement est plus productif qu’un regard de mépris. Il leur donne l’identité, la force, l’inspiration et l’affection. Et souvenons-nous que  »les échelons de la vie montent comme ils descendent ».

 

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