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Débat : Autopsie de la gestion du pouvoir par Bagaza

À la tête de la première République pendant 10 ans, Michel Micombero sera déposé par le colonel Jean Baptiste Bagaza. Le pouvoir de ce dernier ayant été marqué par des avancées et des échecs, les jeunes de Ruyigi en ont récemment débattu.

Un mot d’abord sur le contexte de l’avènement de la deuxième République.  Pour Emmanuel Micomibi, c’est le coup d’État contre la monarchie qui signe le début de la première République. Après, c’est Jean Baptiste Bagaza avec ses compagnons qui décident de déposer Micombero signant ainsi la deuxième République.

Selon Jean Claude Hakizimana, la crise de 1972 dont est victime aussi Bagaza a joué un rôle dans le renversement de Micombero. Qui plus est, ils accuseront ce dernier de s’être approprié le pays et de manquer de lucidité. Ce sont également des Upronistes qui ne voulaient plus de lui. Autres raisons, c’est Eloge Ntakarutimana qui le dit, les discriminations ethniques, de même que l’ubugererwa que Bagaza fera vite de supprimer, sont à l’origine de ce renversement du pouvoir. 

Ces divisions ethniques, c’est aussi la raison qu’avance le politologue Elias Sentamba, connaitront leur cataclysme en 1972. Mais pas que, si c’est cette année qui est connue, il faut dire aussi qu’en 1965, 1969, ces divisions ethniques ont fait des victimes. C’est dans ce contexte que le pouvoir de Micombero connaîtra des difficultés, avec un Micombero « fatigué et alcoolique ».

Le bilan mitigé de la deuxième République 

Ils sont nombreux à vanter le bilan économique de Bagaza. A l’instar de Jean Claude Hakizimana  et de Jacqueline pour qui Bagaza a le mérite d’avoir initié des programmes de développement. En témoigne les infrastructures routières, industrielles, hospitalières, sans oublier la promotion des travaux communautaires. 

De l’avis d’Innocent Manirakiza et Adam Niyonkorera, c’est Bagaza qui a initié le programme de villagisation ainsi que l’enregistrement des naissances à l’Etat civil. Bagaza n’acceptait pas les mariages des gens incapable de soutenir leurs familles. Il s’attellera aussi à la promotion des coopératives même si cela a fini par disparaître.

Mais tout n’était pas rose

Face à ce bilan pour le moins élogieux, il y a l’envers du décor. Et les jeunes de Ruyigi le font aussi savoir. Par exemple, et c’est Jean Claude Hakizimana qui le dit, le projet des maisons en dure construites à l’époque est critiquable parce que destinées surtout aux tutsi. 

Pour sa part, Angelo Batururimi, d’origine congolaise, estime que Bagaza a fait du mal pour « avoir chassé les Congolais du Burundi. Certes, il a fait de bonnes choses mais il a discriminé les Congolais en faveur des Rwandais. C’est donc un Bagaza qui discriminait les hutu »

La discrimination, c’est aussi ce qu’évoque Jean Paul Nahimana qui parle d’un développement sélectif. Il donne l’exemple des maisons de Gasanda mises en location-vente et qui étaient la propriété des seuls tutsi. Pour lui donc, Bagaza n’a pas apporté beaucoup de changements à Ruyigi au niveau socio politique, même s’il reconnaît que son rôle dans le reboisement et le développement des infrastructures.

Ces idées sont corroborées par Adam et Elias Bikorimana. Le premier parle d’une discrimination des hutu dans l’éducation, rappelant l’affaire « i » et « u » tandis que le second trouve que le pouvoir de Bagaza n’a pas servi à grand-chose dans la province de Ruyigi et qu’il a été marqué par le régionalisme. 

Toutefois, pour le politologue Sentamba, il n’y a pas de preuves que  le phénomène  « i » et « u » ait existé. Cela serait plutôt une invention des gens qui voulaient combattre son pouvoir. 

Comment expliquer ce bilan mitigé ?

On ne saurait pas le nier. Au niveau social, il faut reconnaître que Bagaza a fait beaucoup d’innovations. C’est d’emblée ce qu’estime Elias Sentamba avant de faire remarquer que cependant, cela ne profitait pas à tout le monde. Il donne l’exemple de la construction des écoles dont beaucoup le seront à Bururi, région natale du président.

En outre, explique toujours Sentamba, les hutu ne fréquenteront pas en grand nombre les écoles, ayant toujours en mémoire les massacres de 1972. De même, dans les villages initiés, les hutu hésiteront de les rejoindre, de peur d’être massacrés massivement.

Pour ce professeur d’université, si les intentions de Bagaza étaient bonnes, il faut dire qu’il n’a pas agi en concertation avec la population. Ceci alors qu’en matière de bonne gouvernance, il est indispensable d’expliquer les décisions à prendre pour qu’elles soient assimilées. Si non, le bien recherché débouche au mal. 

Bagaza est aussi connu pour son conflit avec l’Église catholique. Toujours pour le politologue, derrière ce conflit, se trouvait l’idée que l’église servait de cadre d’expression pour les hutu touchés par la crise de 1972. Des hutu non représentés dans l’armée depuis 1972. 

Résultat, les frustrations non résolues s’aggraveront et déboucheront sur la crise de Ntega-Marangara. Alors que Bagaza pensait que ces frustrations pouvaient être résolues par le développement socio-économique.

On le voit donc, ce débat aura permis de dégager et de comprendre les forces et les faiblesses de la deuxième République gérée par Bagaza, ce qui n’est pas toujours évident  pour  le commun des Burundais. Par ricochet donc, cela nous aide à éviter la globalisation, conclut Sentamba.

 

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Les commentaires récents (5)

  1. J’ai comme l’impression que c’est le seul président qu’on arrive à établir un vrai bilan sur le développement du pays. Et même s’il y a des commentaires négatifs, ce qui est totalement normal…c’est quand même inquiétant de savoir qu’on arrive pas à voir le bilan du développement économique détaillé des autres présidents. Il est le seul à avoir eu une vision claire peut-être.

  2. @Yaga
    1. Vous ecrivez: « Toutefois, pour le politologue Sentamba, il n’y a pas de preuves que le phénomène « i » et « u » ait existé… »
    2. SOLIDARITE NEGATIVE QUAND TU NOUS TIENS!!!
    Il a ete deja publie sur le site iwacu-burundi.org:

    Isidore Hakizimana a été nommé ministre de l’Education nationale en novembre 1982, après avoir été élu représentant du peuple (député) aux élections législatives de 1982. Il était alors Secrétaire Général du Gouvernement, de mai à novembre 1982 ©Iwacu

    Système I et U… « Je demande pardon à toute personne qui croit qu’elle en a été victime »
    https://www.iwacu-burundi.org/systme-i-et-u-je-demande-pardon-toute-personne-qui-croit-quelle-en-a-t-victime/

  3. « Mardi 17 mai à la cathédrale Regina Mundi en pleine messe de requiem, Mme Fausta Bagaza, dans son message, a demandé que les erreurs commises par son illustre mari soient pardonnées.

    «Même un président de la République reste humain, il se fatigue, il peut être distrait, il peut se tromper, il commet des erreurs. Aujourd’hui, je me mets à genoux devant le chef de l’Etat pour demander pardon au nom du président Bagaza pour toutes les fautes commises. Que chaque Burundaise et chaque Burundais qu’il aurait offensé ou blessé lui pardonne».
    https://iwacu.collateral-freedom.org/obseques-du-president-bagaza-son-epouse-fausta-demande-pardon-au-nom-de-son-mari/