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Me Claire Niragira, nonne et avocate

Avec ses 368 avocats, dont 92 femmes, l’Ordre des Avocats de Gitega compte dans ses rangs un membre atypique. Sœur Claire Niragira est en même temps avocate et nonne au sein de l’Ordre des Vierges Consacrées. Une première au Burundi ! Comment en est-elle arrivée à troquer le voile contre la toge ? Est-il facile de concilier la vie pieuse d’une nonne et celle du serviteur de la loi ? Voici l’histoire extraordinaire de cette « Mère Theresa » des prétoires.  

Difficile d’imaginer Me Claire dans les bagarres de prétoire dont les hommes en toge sont friands. Son tempérament serein et la clarté de son verbe contrastent radicalement avec la verve, l’envolée verbale des avocats et l’ambiance survoltée qui prévaut parfois au prétoire. Avocate depuis le 18 décembre 2015, cette native de la commune Songa (province Bururi) a été attirée par le droit depuis son enfance. Son père, juge au Tribunal de Résidence de Songa, a été une vraie inspiration pour elle. Elle le voyait régler des litiges avec passion et abnégation. Cela a été comme un déclic pour elle. 

Après avoir obtenu son diplôme des humanités générales, section Lettres Modernes au Lycée Rubanga, c’est tout naturellement qu’elle s’inscrit à la faculté de Droit à l’Université Lumière de Bujumbura où elle décroche une Licence en 2010.

Des salles de cours au couvent

Diplôme universitaire en poche, son chemin semblait tout tracé. Pourtant, c’est l’autre vocation qui l’habitait depuis 1994 qui va prendre le dessus : servir Dieu. Elle rejoint donc la congrégation des Sœurs de Marie de Schoenestatts le 7 mai 2011, un mois après avoir présenté publiquement son travail de fin des études.

Et la voilà partie pour une période de 4 ans de discernement vocationnel. Mais, elle prend soin de parler aux responsables de la congrégation de son affinité avec le Droit qu’elle ne compte pas abandonner, même si elle ne voyait pas encore comment sa formation juridique lui sera utile dans l’environnement pieux et cloîtré du couvent. 

Du couvent au prétoire 

Après une formation de 3 ans, celle qui fait de l’honnêteté sa vertu principale s’engage auprès de sa congrégation avec un contrat d’une année selon les usages. En juillet 2015, quand elle veut renouveler son engagement, les responsables de la congrégation lui indiquent que la vie de couvent n’est peut-être pas faite pour elle. Sœur Claire ne perd pas de temps. Le même mois, elle adresse une lettre au bâtonnier pour lui demander de rejoindre l’Ordre des Avocats près la Cour d’Appel de Gitega.  En attendant, elle enseigne au Lycée Saint Paul VI de Nyabiharage où elle dispense entre autres les cours d’histoire et de civisme. 

Sœur Claire prête serment à la Cour d’Appel de Gitega et devient avocate quelques mois plus tard. Après son stage, elle est inscrite au Grand Tableau depuis le 9 février 2018. Mais la voie vocationnelle ne s’est pas complètement estompée. C’est vrai qu’on ne se dévêt pas de sa piété comme un linge sale. Elle approche le curé de la paroisse Bon Pasteur de Shatanya pour lui demander si c’est possible de servir Dieu tout en continuant d’exercer sa profession. Le curé la réfère à l’évêque responsable du Diocèse de Gitega qui lui fait savoir qu’effectivement, il est possible de poursuivre sa passion de servir Dieu et d’exercer normalement sa profession. Il lui parle de l’existence de « Ordo virginum », l’Ordre des Vierges Consacrées qui ne vivent pas en communauté et qui accepte une organisation individuelle de la vocation. Mais la congrégation exige quand même de ses membres les vœux de chasteté (ou virginité), ce qui ne gêne pas outre mesure Me Claire. Ses membres ne portent même pas de voile. C’est ce qu’il faut pour notre chère avocate qui se voyait mal au prétoire en toge coiffée d’un voile. C’est ainsi que celle qui était devenue Me Claire Niragira devient Me Sœur Claire Niragira.

La foi et la profession au service des justiciables

Et quand un client veut divorcer ? L’Église catholique dont Sœur Claire sert n’accepte pas de divorce. Comment se comporte-t-elle quand sa profession entre en conflit avec les dogmes de l’Église ? Et ces garçons qui draguent tout ce qui bouge ? Viennent-ils l’importuner, surtout qu’elle possède un physique généreux ? Me Claire ne prend pas toutes les affaires qui viennent. Elle fait une sélection rigoureuse des clients qu’elle défend. « Je prie avant d’accueillir mes clients et parfois, je suis amenée à tenter la médiation entre les parties en amont du procès », indique-t-elle. Elle se rappelle encore d’une affaire où un mari demandait le divorce. Elle a choisi de défendre sa femme qui ne voulait  divorcer, ce qui était en conformité avec sa foi.  « Même si c’était un divorce, j’aurais plutôt péché si je n’avais pas aidé cette femme à recoller les morceaux et cela était en parfaite adéquation avec la foi chrétienne. Malheureusement, elle a perdu le procès », susurre Me Claire de sa voix sereine. 

Bien plus, elle s’évertue à aider les nécessiteux, ceux qui n’ont pas de moyens pour se payer un avocat, les fameuses affaires dites « pro bono » ou « pro deo » dans le jargon juridique. C’est là où sa vocation rejoint sa profession. Quant aux garçons fougueux, elle admet qu’il y en a qui tentent le coup, mais très vite elle les éconduit calmement mais fermement. Pour elle, la vocation n’est en aucun cas une entrave à l’épanouissement professionnel. Au contraire, elle le nourrit.

 

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Les commentaires récents (9)

  1. Courage chère soeur.
    Même au sein du barreau de Bujumbura, il y a une soeur de la congrégation des Bene Tereza. Cher Yaga, pourriez-vous la contacter pour qu’elle partage son parcours de vie exceptionnel?