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Blaise Pascal Kararumiye : une autre victime de la procédure « Mumbikire » ?

Le journaliste, correspondant de la Radio Isanganiro depuis la province Karusi, a été libéré après sa comparution devant les autorités administratives et après cinq jours de détention. Détenu « illégalement », il a été aussi libéré sans motif et sans condition.

L’emprisonnement du journaliste Blaise Pascal Kararumiye puis sa libération à sa cinquième journée de détention a fait couler beaucoup d’encre. Poursuivi pour le reportage produit en rapport avec l’ingérence des administrateurs communaux dans la gestion des financements des coopératives Sangwe, le journaliste a été arrêté par le commissaire provincial de la police sur ordre de la gouverneure Calinie Mbarushimana. Selon le journaliste, « n’ayant aucun élément à charge, le commissaire l’aurait conduit au tribunal de grande instance de Karusi pour être entendu sur le soi-disant reportage incendiaire ».

Kararumiye a donc passé sa première nuit au cachot de la police à Buhiga sans aucun motif de détention car le procureur de la République n’aurait pas été capable de le charger. Et le week-end s’annonçant, il allait y passer les trois jours suivants. 

La « parodie de siège » s’ouvre

Il faudra attendre lundi pour voir Blaise Pascal Kararumiye « comparaître » au cabinet de la gouverneure Mbarushimana en présence de ses conseillers, tous les administrateurs communaux de cette province ainsi que le procureur de la République. D’aucuns se sont demandé si le cabinet est devenu le tribunal. 

Le journaliste fait savoir qu’il été accusé d’avoir alarmé les administrateurs communaux. Deux heures à s’expliquer devant ce « saint siège » que présidait la gouverneure. La séance sera délibérée pendant deux heures pour enfin relâcher le journaliste. Oui, « le tribunal » du cabinet de la gouverneure a décidé ! Cinq jours de détention sans motif ni d’éléments à charge signifiés. 

Vice de procédure pénale, selon un juriste 

Selon le juriste Emile Nkengurutse : « La détention de 5 jours sans motif est une irrégularité. Et le code pénal ne prévoit nulle part la comparution devant l’autorité administrative ». Outre la violation des enquêtes préliminaires, il trouve que quand bien même il s’agirait d’une garde à vue, elle doit être d’une brève durée. Sinon, stipule le code pénal d 2018, cela « constitue un enlèvement et les atteintes portées aux droits garantis aux particuliers tels qu’ils sont prévus ».

Pour le cas Kararumiye, le concept « Mumbikire » a été appliqué. Il s’agit de l’ordre d’emprisonner sans donner le motif de la détention. Kararumiye en a été témoin. Il a eu la chance d’être un journaliste et de susciter une mobilisation immédiate. Le citoyen « lambda » pourrait en être victime, sans espoir de s’en sortir.

 

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