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Les artistes en campagne électorale trahissent-ils leurs fans ?

Certains partis politiques et indépendants ont fait appel aux artistes en cette période de campagne électorale. Dr Claude galvanise les Bagumyabanga. Rallye Joe et Willy (Étoile du centre) battent campagne aux côtés de Gaston Sindimwo et des Badasigana. SAT-B, Bernice The Bell, etc., accompagnent le pasteur Dieudonné Nahimana. Comment interpréter ces positions ?

Les rassemblements pour certains semblent être plus des meetings musicaux que des meetings politiques. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que les artistes battent campagne pour les partis au Burundi. Cela fait des lustres que l’art accompagne le politique au pays des tambours sacrés. Sous le parti unique, des stars de la musique vantaient les vertus des chefs de l’Etat. Les aînés se souviennent des morceaux « Maza Meza yazanye amajambere » sous la première république. « Iyo impundu ihawe Bagaza » sous la deuxième République, etc. 

En 1993, la voix d’Africa Nova électrisait les Inziraguhemuka du Frodebu. Kidumu, en 2005, arborait les couleurs du parti MRC Rurenzangemero. Cinq ans plus tard,  en 2010, on retrouve dans les meetings du Cndd-Fdd l’empreinte du trio Kaka Boney, Roméo Nininahazwe et Pacifique Nzitonda

Cependant, il s’est avéré que la participation des artistes dans la campagne électorale n’est pas bien accueillie par les fans au Burundi. L’animosité s’en suit parfois. Et la carrière de certains chanteurs reste entachée par la suite. 

« Égoïsme » des uns 

Christian Nsavye, journaliste culturel à la radio Isanganiro et manager de la chanteuse Bernice The Bell, indique que la négociation pour cette dernière a pris en considération l’impact de la campagne sur la réputation de sa protégée : « Nous nous sommes assis, avons réfléchi au sujet de l’après-campagne et en avons parlé à l’autre partie ». Ce journaliste qui promeut la musique burundaise depuis plus de 10 ans pointe du doigt l’ « égoïsme » du fanbase, qui n’arrive pas à faire la part des choses. 

Les fans de la musique burundaise devraient comprendre que le talent, la virtuosité qu’ils reconnaissent à leurs artistes constitue leur gagne-pain. Du moment qu’un bon nombre a du mal à vivre (décemment) de son travail, si la campagne leur permet de gagner de l’argent, tant mieux ! C’est normal qu’ils accompagnent les partis, et dès lors les fans devront s’en rendre compte et faire preuve de tolérance. 

Quant aux partis, il est juste qu’ils comprennent que le talent d’un artiste ne devra être considéré comme une « propriété privée » que s’il y a eu un contrat. Dès lors, les partis ne devraient pas vouer aux gémonies un artiste l’accusant d’avoir chanté pour un autre parti. 

Il peut vendre ses services à une formation politique sans qu’il n’en soit membre. « Je suis un chanteur et celui-ci est comme un commerçant. Quand des gens avec qui il ne partage pas les convictions apprécient ses services, il ne les boycotte pas », s’est expliqué Désiré Ndihokubwayo alias Gentil dont le célèbre morceau « Wakoloni » a galvanisé les manifestants contre « les colonisateurs » dans les rues de Bujumbura les 5 dernières années. 

L’art n’a pas de frontières

Et après la campagne, serait-il bon qu’un artiste fasse de la politique ? Africa Nova, chantre du Frodebu lors de sa campagne en 1993, estime qu’un musicien est à l’aise quand il ne fait pas de la politique : « Mais c’est un choix personnel »

Si on comprenait que l’art n’a pas de frontières, on tolérerait que nos artistes gagnent leur vie en mettant leur talent au service d’un parti, d’une organisation de leur choix pendant la campagne électorale. 

D’ailleurs, le journaliste culturel Christian Nsavye se veut optimiste pour la campagne électorale en cours : « Beaucoup d’eau est passée sous les ponts depuis 2005, 2010. Les Burundais ont évolué ». Il appelle les fans burundais à s’inspirer des Tanzaniens. Ceux-ci comprennent que leurs chanteurs se produisent dans les meetings aux côtés des partis politiques pour des raisons pécuniaires. 

Mais si ces artistes veulent que les fans comprennent leur prestation dans des campagnes politiques, autant qu’ils évitent quant à eux d’être des vecteurs de haine. Pendant les meetings, qu’ils sachent que s’en prendre à des adversaires du parti pour lequel ils portent les couleurs peut les empêcher de vivre passionnément par la suite de leur métier.

 

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Les commentaires récents (2)

  1. Le dernier paragraphe est très important pour cet article quant à moi, que les fans entendent de belles paroles de leur idol sinon vous comprendrez qu’ils ne l’écouteront plus après les meetings s’il lance des mots incendiaires.

  2. 1. Franco Luambo Makiadi (1938-1989) (=le « Grand Maitre de la rumba congolaise »:
    « JE SUIS MUSICIEN….C’est-a-dire quand il y a des evenements politiques dans mon pays, JE LES CHANTE….
    C’est comme un journaliste, s’il y a un grand evenement dans son pays, il ecrit un article sur la politique de son pays…
    M.P.R. EGALE SERVIR, SE SERVIR NON… »
    (Voir http://www.youtube.com Belela Authenticite na Congres ya M.P.R. I & II (Luambo Makiadi) – Franco & OK Jazz 1970).
    2. Le parti (unique) M.P.R a ete fonde le 20 mai 1967 par Mobutu Sese Seko, ce meme parti a disparu le 16 mai 1997.
    (Voir http://www.wikipedia.org: Mouvement Populaire de la Revolution (M.P.R.)).