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Aimé Mugisha ou le sens du sacrifice

Attristé par les longs kilomètres que faisaient les gens de sa colline pour pouvoir rencontrer un médecin, le docteur Aimé Mugisha s’est résolu de ne pas rester à l’étranger, ni de vivre en ville, mais dans un coin rural pour servir sa colline. Portrait.

Assis dans son cabinet, rayonnant dans sa blouse blanche, stéthoscope autour du cou, Dr Aimé Mugisha est un jeune docteur de 29 ans. Pour bien cerner la situation, avant l’arrivée du Dr Mugisha, un habitant de cette localité, pour pouvoir être consulté par un médecin, devait parcourir 34 km vers l’hôpital de Kibumbu ou 15 km vers l’hôpital de Gitega. Un casse-tête.

Nous sommes à Musama, sur la colline Iteka de la zone Kibungere. C’est dans la commune Nyabihanga de Mwaro, à 15 km en dehors de la ville de Gitega, en retrait de la RN2. Le Dr Aimé Mugisha y est né. Aîné d’une fratrie de 7 enfants, il a vu sa mère gravement malade, de même que d’autres personnes âgées de sa localité, parcourant des kilomètres innombrables à pied ou transporté à vélo pour atteindre une structure de soins. En y réfléchissant, lui qui était fasciné par l’informatique et la littérature anglaise après ses études secondaire au lycée Musinzira de Gitega, a vu que l’urgence d’endosser une blouse blanche comme médecin dans le coin, était plus qu’une nécessité.

Le parcours

En 1994, sa tante Georgette Hitimana, infirmière, avait ouvert un centre de santé dans le coin, qui après son décès en 2001, a fermé ses portes en 2015. Touché par cette situation et encouragé par son père, le jeune Mugisha embrasse la faculté de médecine à l’université Espoir d’Afrique. En cinquième année de médecine, « il ne pensait pas aux honneurs de cette noble profession comme les autres étudiants, mais réfléchissait à comment faire sortir du calvaire médical, les gens de sa colline », témoigne Dr Eric, son ami et ancien collègue de classe.

Diplômée en 2017, le jeune médecin, au caractère bien trempé, ambitionne de partir à l’étranger comme d’autres médecins. Il obtient des opportunités de voyages pour le Pérou puis en Suisse. Mais le calvaire de ses concitoyens le hantait. « J’ai profité de ces voyages pour collecter des fonds pour le projet d’une clinique médicale, afin de rentrer pour servir ma communauté », confie Dr Mugisha.

Un rêve qui prend forme

Alors que plusieurs médecins burundais vivent la réalité du principe que « ikidodo kitaba ruguru » (le cachet médical ne reste jamais à l’intérieur du pays, ndr), Dr Aimé Mugisha a pu démentir tous les pronostics de ce principe. Alors qu’on lui proposait un bon boulot à Bujumbura, il s’est vite installé à Musama, un endroit sans électricité, pour créer le « Misuhuko Medical Center ».

En 2018, le Misuhuko Medical Center voit le jour. Aujourd’hui, la clinique reçoit en moyenne 800 personnes en consultation par mois, et Dr Aimé travaille jour et nuit. À côté du suivi des malades, un projet pour l’insertion des personnes handicapées sur cette colline a vu le jour grâce aux efforts de ce jeune médecin. Selon une vielle maman rencontrée à la clinique, la présence de ce natif est une manne du ciel pour les gens de sa colline et de ses environs.

« Je suis très heureux, car j’ai accompli mon rêve », témoigne Dr Mugisha, avant d’exhorter les autres jeunes à aimer et à développer leur colline, commune et province d’origine. Tandis que certains disent que « uwukize akira iwabo », lui  prêche plutôt le contraire « uwukize akiza iwabo ».

Cet article fait partie d’un dossier pensé et rédigé par les blogueurs de Yaga pour mettre en lumière les 25 jeunes burundais qui se sont démarqués pendant l’année 2019, dans différents domaines de la vie sociale.

 

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Les commentaires récents (9)

  1. Ce docteur a un sens du dévouement exceptionnel, tout en son honneur. D’un autre côté, j’apprends qu’il y a des médecins qui sont au chômage alors que le pays a fortement besoin d’eux. Situation paradoxale. Dr Mugisha s’est débrouillé pour collecter des aides à gauche à droite. Ce n’est pas donné à tout le monde, mais je pense que les médecins au chômage ont besoin de l’appui de l’Etat pour créer des bureaux de médecins de proximité (à la population rurale). Maintenant qu’on peut même faire des consultations par téléphone et que la majorité de la population a un téléphone portable, qu’est-ce qui empêche de mettre sur pied des structures de télémédecine? Si nous manquons des moyens, ayons au moins de l’imagination.