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Accidents de la route : les chauffeurs ne sont pas les seuls à blâmer

Un article de Yaga vient de mettre sur le banc des accusés les chauffeurs des bus d’agences de transport en commun, suite aux récents et successifs accidents de Nyamutenderi et Gatobo. Certains chauffeurs vivent mal cette généralisation et tiennent à s’expliquer. 

Tous les chauffeurs de bus des agences de transport en commun se voient ainsi accusés. À l’origine, leur fâcheuse tendance à rouler à tombeau ouvert, occasionnant de nombreux accidents mortels.

Mais une question se pose. Est-il possible qu’un chauffeur de bus, en quittant sa maison, se dise en lui-même qu’il va rouler à grande vitesse ou culbuter ses passagers ?. « Même dans nos rêves les plus fous, un conducteur n’émet jamais le vœu de faire un accident, puisqu’il serait parmi les victimes », répond N.K, chauffeur dans l’un de ces agences, avant de renchérir qu’il y a anguille sous roche derrière ces accidents.

La défense

Primo, indépendamment des chauffeurs, le règlement intérieur de ces agences en est la cause. Le travail de ces chauffeurs est conditionné par le respect coûte que coûte des heures de départ et d’arrivée. « Le non-respect de ce timing, à cause des embouteillages ou des arrêts pour le passage des autorités, est sanctionné soit par des appels stressants que t’es en retard et que tu nuis à la crédibilité de l’agence, soit par un retrait sur salaire d’une certaine somme, ou encore la perte définitive de l’emploi », explique N. K. Ainsi, ajoute-t-il, pour échapper à ces sanctions, ils sont obligés de rouler plus vite pour sauvegarder leur boulot.

Secundo, le rôle des recrutements obscurs des chauffeurs n’est pas à écarter. D’après le règlement, un chauffeur dans l’agence est recruté par appel d’offre avec réussite d’un test de conduite théorique et pratique. « Malheureusement, le népotisme dans le recrutement, dans un contexte où l’obtention du permis est aujourd’hui monnayée, sans oublier le chômage qui pousse certains jeunes à s’improviser chauffeurs sans aucune notion du code de la route, font que ces agences se trouvent parfois avec des chauffeurs qui ne maîtrisent pas les engins roulants », explique K.E un autre chauffeur d’une autre agence de transport, avant de conclure qu’avec l’absence d’évaluation mensuelle ou annuelle, on ne peut pas ainsi se plaindre de la multiplication des cas d’accidents de circulation.

Tertio, le règlement n’accorde qu’un congé de repos d’une seule journée par semaine. Avec deux ou trois tours de voyage par jour, et cela pendant six jours, cela occasionne une fatigue immense, source d’inattention pouvant causer des accidents de la route.

L’urgence est donc, selon ces chauffeurs de revoir les lois et règlements de ces agences, sans oublier le respect de la loi lors des recrutements. Quant au gouvernement, la lutte contre la corruption policière, la réhabilitation des routes, la mise des panneaux de signalisation, l’introduction des pistolets radars et alcootest sont plus que nécessaire dans la lutte contre les accidents de la route.

L’avis d’un expert

D’après Pacifique Nsabimbona, Directeur Général de BECA, entreprise spécialisée  en sécurité routière déplore que malgré l’instauration des mesures dissuasives à l’endroit des mauvais conducteurs comme l’ordonnance ministérielle n°215/1536 du 12 novembre 2108, le nombre des accidents va crescendo depuis quelques années et cela pousse à s’interroger.  

Partant de l’accident de ce mardi 14 juillet à Nyamutenderi et sans spéculer sur ses causes, dit-il, car on n’a pas encore de conclusions des enquêtes à ce stade.   

Pour diminuer le nombre des victimes d’accidents routier,  il faut appliquer la loi. Ce spécialiste trouve qu’il faut que les agents de la police de roulage soient dotés de détecteurs de vitesse afin d’appliquer rigoureusement l’ordonnance ministérielle sur le retrait du permis. 

De plus, «  la restitution devrait être subordonnée à des formations spécifiques selon les infractions commises. »

« Ceci ne suffit pas  », souligne Pacifique Nsabimbona. Comme il est d’usage sous d’autres cieux, l’obtention du permis pour le transport des personnes devrait être subordonnée à une formation spécifique ainsi qu’une formation de recyclage lors du renouvellement.  

Que fait la commission nationale ? 

«  Que fait la Commission Nationale sur la Sécurité Routière mise en place par le décret n. 100/024 du 10 février 2017 ? », s’interroge-t-il

En outre, ce spécialiste en sécurité routière appelle l’Etat à revoir le cadre légal de la Commission Nationale de Sécurité Routière afin qu’elle puisse être opérationnelle et coordonner toutes les activités relatives à la sécurité routière. Notamment la mise en place d’une banque de données sur la sécurité routière, faire des audits de sécurité des infrastructures routières, nouer des partenariats pour la recherche… 

Actions urgentes

Nsabimbona propose  quelques actions urgentes pouvant atténuer le nombre d’accidents.  L’une d’elles serait de brider les véhicules de transport des personnes à 50 km/h. Il s’agit d’un mécanisme installé dans le véhicule destiné à empêcher le conducteur de dépasser une vitesse maximale choisie par l’Etat.

En outre,  le ministère de la Sécurité publique des transports doit exiger aux auto-écoles d’enseigner le  module de formation des chauffeurs  de longues distances  des véhicules poids lourds commerciaux pour le transport des personnes et des marchandises de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Ce document a été produit en 2016 sous le financement de TRANSAID et TRADEMARK.  

Par ailleurs, il note aussi qu’un centre de formation de ces chauffeurs de l’EAC devait être implanté au Burundi. Mais, ledit centre n’a pas encore commencé. Une fois installé, ce dernier pourrait avoir un impact positif sur la diminution du nombre d’accidents.    

En attendant, la commission nationale de sécurité routière avec le soutien des sociétés d’assurances, de la police et autres parties prenantes devraient s’investir dans des campagnes de sensibilisation sur la sécurité routière dans les communautés notamment les associations, écoles, centres jeunes et universités. 

La solution viendra des actions concertées et coordonnées de tous les intervenants.

 

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