©Iwacu
article comment count is: 0

Yagadécodeur : 10 choses méconnues sur le parti de Rwagasore

Uprona est le parti auquel le Burundi doit son indépendance. Une émancipation survenue après sa victoire incontestable aux élections le 18 septembre 1961. Parti unique pendant plus d’un quart de siècle (novembre 1966-mars 1992), il est toujours dans les institutions depuis les élections législatives de septembre 1961. Néanmoins, il serait mal connu même par la plupart de ses membres. Explications.  

Uprona, l’acronyme du parti du prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi, a été modifié à deux reprises depuis sa création en 1958 jusqu’à son dernier agrément de 1992 pour se conformer au multipartisme.  Le prince l’a créé sous cette appellation : « Unité et progrès national »

En se basant sur le dictionnaire ‘‘Le Petit Larousse illustré’’ 2016, l’unité implique l’indivisibilité. Aux yeux du prince Louis Rwagasore, le Burundi était comme une famille : «Le vainqueur et le perdant sont tous des Barundi, membres de la même famille nationale, enfants d’un même mwami», lit-on dans le discours qu’il a prononcé le 20 septembre sur les ondes de la radio Usumbura, écrit Jean Paul Harroy in Burundi 1955-1962 : Souvenirs d’un combattant d’une guerre perdue sur les pages 566-567, à la suite de la victoire de son parti aux législatives du 18 août 1961.  

Le congrès de 1979, trois ans après la prise du pouvoir par le colonel Jean Baptiste Bagaza, décida de retoucher le développement du sigle et l’Uprona devint Union pour le progrès national. En s’en tenant au même dictionnaire, on passe du sens de famille nationale, idée chère au prince, à celui d’une association pour le progrès national.  

Parti unique, volonté du roi Ntare V

À l’avènement du multipartisme en 1992, l’Uprona, parti unique depuis novembre 1966, a été agréé sous le nom : «Unité pour le progrès national». Du point de vue sémantique, l’idée de l’indivisibilité de ses membres a été rétablie.

Le prince Louis Rwagasore n’a jamais été président du parti dont il a été fondateur. Il a été le conseiller tandis que le président du parti était un certain André Nugu, natif de la province Muramvya comme le témoigne docteur Pie Masumbuko, uproniste de première heure : « Il est resté notre président jusqu’aux élections lors du congrès de l’Uprona en 1963 où il fut remplacé démocratiquement par Joseph Bamina ».   

L’Uprona deviendra parti unique dès le 23 novembre 1966. Le roi Ntare V prit cette mesure cinq jours avant sa destitution par un coup d’État. Avant de partir pour Kinshasa où il participait au premier anniversaire de l’accession au pouvoir du président Mobutu, il tâcha de signer l’arrêté royal faisant de l’Uprona, parti unique au Burundi. 

La présidence fut d’un seul individu 

Depuis, tous les Burundais devenaient de fait des membres du parti Uprona. Et ce principe du parti unique sera maintenu dans les constitutions de 1974 et de 1981.   

Il fut un temps où un seul Burundais dans tout le pays avait constitutionnellement la prérogative de se faire élire à la plus haute fonction de l’Etat. La Constitution de juillet 1974 donnait au seul secrétaire général de l’Uprona le droit d’être le président de la République. 

«Le secrétaire général du parti Uprona élu par le congrès  national […] devient président de le République, chef de l’État et du gouvernement», ainsi stipule l’article 22 de la constitution de juillet 1974 qui a été dissout deux ans plus tard suite au coup D’État du colonel Bagaza. Pour rappel, le secrétaire n’était alors que le lieutenant général Michel Micombero et son mandat était de 7 ans. 

Et après que la deuxième République s’est dotée de la constitution en novembre 1981, seul le président du parti Uprona était éligible à la présidentielle : «Le président du parti Uprona est le seul candidat à la présidence de la République. S’il n’obtient pas la majorité des voix exprimées, il sera pourvu à l’élection du nouveau président du parti Uprona et à l’élection du président de la République dans les soixante jours», lit-on à l’article 29, alinéa 2.

Intrisme des leaders du Frodebu 

Les autorités issues des élections de 1993 ont presque toutes exercé des responsabilités au sein du parti Uprona avant le rétablissement du  multipartisme. 

Le président Melchior Ndadaye a été en 1988 premier secrétaire de l’Union des travailleurs du Burundi à Gitega, syndicat alors affilié au parti Uprona. Léonard Nyangoma en sera le secrétaire général adjoint au niveau national

L’ancien président Ntibantunganya a été secrétaire chargé de l’information et de la mobilisation au secrétaire permanent du parti Uprona

De 1989, alors qu’il était responsable du département de la communication et des relations extérieures au sein du Frodebu clandestin, Sylvestre Ntibantunganya occupait le poste de secrétaire national chargé de l’Institut Rwagasore au sein de l’Uprona et le restera jusqu’en 1991. L’ancien président sous la bannière du Frodebu a même été rédacteur en chef du journal « Indarangavye » du parti Uprona. 

Pour rappel, l’Uprona a perdu face au Parti démocrate-chrétien (PDC) les communales de fin 1960 organisées pendant que le prince Louis Rwagasore était en résidence surveillée à Bururi. Il remportera largement les législatives du 18 septembre 1961 organisées par les Nations unies en raison des contestations des résultats des communales. 

Il mènera ainsi le Burundi et les Burundais au recouvrement de la souveraineté qu’ils avaient perdue le 6 juin 1903 à la signature du traité de Kiganda avec les Allemands.  

 

Partagez-nous votre opinion