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Sieste : entre opinions toutes faites et réalité

Au moment où la sieste tend à être une culture dans certains milieux professionnels, la société burundaise lui réserve un regard particulier. Qu’est-ce que le murundi lambda pense de la sieste ? Qu’est-ce qu’elle est réellement ? 

D’aussi loin que je me souvienne, la sieste n’a pas toujours été un choix pour moi. Il fut un moment où, après le déjeuner, je devrais obligatoirement aller au lit. Et pendant tout ce temps, la sieste m’était une contrainte très proche d’un cauchemar.

Contrairement à Manassé Mbonihankuye, commerçant au centre de Rushubi (Province Bujumbura), il n’y a jamais été contraint et ne l’a jamais faite non plus. La sieste pour lui est une marque de fainéantise. « Nakuze bambwira ko umuntu aryama sasita ari imburakimazi » (On me disait dès mon enfance que ceux qui font la sieste sont des fainéants, ndlr). Celle-ci est la version la plus répandue. Qui se forge d’ailleurs la place de loi coutumière. De facto, on ne dormira pas à midi. Pas parce qu’on n’en a pas envie, mais par peur d’être taxé de fainéant.

Pour d’autres comme Floride, la sieste est un luxe qu’elle se serait offerte à une condition : si elle avait eu la chance de devenir « umukozi wa reta » (fonctionnaire de l’état). 

Georges Nzirubusa, lui, a eu cette chance. Mais pour lui, la sieste n’est pas du tout un luxe. Plutôt, une variable d’ajustement. « Je fais une sieste selon mon rythme de travail. Quand j’ai beaucoup à faire, je m’en garde. Dans le cas contraire, je me l’autorise. Mais je pense que la sieste est faite pour les enfants qui ont encore besoin de grandir.» 

Que faut-il garder ?

Au plus âgés, détrompez-vous. « Plus on avance en âge, plus on donnait un long déclin du sommeil profond. Après 40 ans, la durée du sommeil profond (20% d’une nuit de 7 à 8h) commence à diminuer pour arriver à rien à 100 ans. Et c’est à partir de cette diminution qu’on a le plus besoin d’une sieste », explique Brice Faraut, auteur du livre Sauvés par la sieste.

Ce docteur neuroscientifique français ajoute que la sieste protège non seulement contre le risque cardio-vasculaire et le surpoids, mais s’avère aussi être un parfait rempart contre les troubles dépressifs liés à l’insomnie. « Lorsqu’on perd une heure et demie de sommeil par jour, à la fin de la semaine, on aura perdu une nuit de sommeil. À la fin de l’année, un mois et demie de sommeil. Une dette de sommeil qui aboutit à long terme à l’insomnie et plus tard aux troubles dépressifs. La sieste permet donc une grande victoire sur la dette de sommeil. »

Qui n’a jamais eu une envie soudaine de somnoler en plein jour ? Avec tous les effets qui vont avec (mauvaise humeur, contre-productivité…), l’idéal serait de laisser ce besoin physiologique recycler notre corps rien qu’entre 20 et 30 minutes ! 

 

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