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Saisir les biens des opposants est une grande erreur

Un document daté le 15 mai, portant la signature du président de la cour suprême et du procureur général de la république, annonce la confiscation des propriétés et autres biens de certaines personnalités politiques et de la société civile en exil. Une décision qui risque de faire plus de mal que de bien.

Ce que les personnalités visées ont en commun est qu’elles sont considérées comme des opposants radicaux contre le pouvoir et instigateurs de la tentative de coup d’État du 13 mai 2015. Le gouvernement a émis des mandats d’arrêt internationaux contre beaucoup d’entre eux.

Je trouve que, même si ces gens seraient coupables de crimes quelconques, leurs biens ne doivent pas être confisqués, à moins qu’il soit prouvé qu’ils ont été acquis d’une manière frauduleuse, ce qui n’est pas le cas. Ces gens sont en exil, mais les membres de leurs familles sont au Burundi. Ce sont ces oncles, cousins ou neveux qui profitent en grande partie de ces biens. Et ces gens sont tous des Burundais comme tout le monde, et ils ne doivent pas être victimes de l’engagement politique de leurs protégés. Si on leur prive de leur gagne-pain, c’est une partie du Burundi qu’on condamne à la faim ou à la mendicité, et ce n’est dans l’intérêt de personne.

Une décision qui risque d’attiser la haine et la vengeance

Les gens qui ont pris cette décision, visiblement arbitraire, commettent une grande erreur aussi parce que certains de ceux qui en sont victimes accéderont au pouvoir tôt ou tard, qu’on le veuille ou pas, et le danger est qu’ils pourront chercher à se venger.

Machiavel a écrit que les hommes oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine. C’est une vérité éternelle que nous ne devons pas prendre à la légère. Ne nous étonnons pas alors si dans cinq ou dix ou quinze ans, par le plus grand des hasards, la balle change de camp, et que ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui se retrouvent en exil à leur tour, les nouveaux détenteurs du pouvoir veuillent reproduire le même scénario.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets

Pour se convaincre de la gravite de cette mesure, il faut analyser le désastre des décisions similaires prises dans le passé. Beaucoup de gens qui étaient en exil suite aux « évènements » de 1972 ont vu leurs biens confisqués et attribués aux proches de ceux qui étaient au pouvoir à l’époque. Le Burundi souffre jusqu’à présent de cette injustice que ni la CNTB ni aucune autre structure ne parviendra jamais à rétablir complètement.

Il est temps que les Burundais tirent les leçons qui s’imposent de leur histoire. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est temps que les gens qui sont au pouvoir apprennent à cesser de commettre les mêmes erreurs que ceux qui les ont précédés et qu’ils ont combattus avec acharnement.

 

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Les commentaires récents (3)

  1. Il ne faut pas oublier que la mesure de saisie des biens prise en 1972 a été abrogée en novembre 1974. L’abrogation (ou annulation) a été annoncée pendant les fêtes du 28 novembre 1974 .

  2. Puis-je également préciser que la saisie en matière pénale intervient en principe quand le Parquet en charge du dossier a des raisons sérieuses de croire que les biens ou objets à saisir ont été utilisés lors de la commission de l’infraction!
    En outre,la saisie est aussi concevable en cas d’exécution d’une décision judiciaire si et seulement si le juge l’a décidé ainsi!

  3. À propos de cet article, je dis ce qui suit: Oui c’est évident que la confiscation de ces propriété et biens de ces gens est arbitraire, et je ne juge ça d’erreur ni d’injustice. Un peu dans le passé, souvenez-vous que des biens des innocents n’ont pas été confisqués, oui car les propriétaires étaient innocents, mais plutôt accaparés injustement. Cela ne devrait en aucun cas être comparé à l’actuel cas parce que les concernés ont des comptes à régler,des mandats leur ont été adressés mais ils n’ont pas répondu du fait de la couverture de certains pays où ils ont trouvé exil après gaffe. Dans ce cas,l’état ne se réserve t-il pas le droit de décider ainsi ?? L’injustice est plutôt ce que font ces états qui engouffrent ces gens illégalement. Merci

    1. A propos de votre réaction, je dis ce qui suit. Ceux qui dirigent le pays aujourd’hui ont pour la plupart connu le maquis : ils ont pris les armes pour renverser les institutions, crime qui ne diffère en rien au putsch. Beaucoup d’autres crimes ont été commis. Question : est-ce que la justice d’alors a saisi leurs biens? Si oui, on peut comprendre que le désir de vengeance subsiste chez certains, quand bien même il faut l’éviter au nom d’une politique saine. Si non, c’est difficile d’expliquer une décision d’une telle violence.

  4. En prenant cette décision, l’Etat s’est tiré une balle dans le pied. Je m’explique : alors que l’Etat fait tout son possible pour attirer les investisseurs, voilà qu’il prend une mesure qui leur fait peur. En effet, qui voudra prendre le risque d’investir dans une affaire au Burundi alors qu’il sait pertinemment que l’Etat est prompt à saisir les biens de ceux qui ne lui plaisent pas. Désormais, celui qui veut créer une entreprise, mettre son argent dans une affaire, acheter ou construire un bâtiment… il devra réfléchir deux fois. L’Etat a créé des doutes ; le climat des affaires en souffrira.

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