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La monarchie, c’est du passé

Faut-il restaurer la monarchie au Burundi ? La question mérite d’être posée, vu le débat sur la devise de notre pays.

Certaines personnes avec qui je discute souvent disent qu’ils sont favorables au retour du système monarchique, parce que celui-ci permettrait de retrouver la paix de façon durable et d’engager le Burundi sur le chemin de la prospérité. Le roi serait au-dessus des ethnies, et serait un arbitre idéal entre les Hutus et les Tutsis, qui nourriraient toujours la haine les uns envers les autres.

Certaines républiques sont plus stables que les monarchies

De tels arguments ne m’ont jamais convaincu. D’abord, parce qu’ils supposent que la république encourage la division, alors que la monarchie serait un gage de stabilité. Ce n’est pas le cas. Les républiques ne s’équivalent pas, et les monarchies non plus. Certaines républiques sont plus stables que d’autres.

En ce qui concerne les monarchies, celles qui sont vraiment stables sont les monarchies constitutionnelles, où le roi règne mais ne gouverne pas. Dans les monarchies « arabes » qui restent majoritaires, il y a souvent une confusion entre les biens du pays et ceux des familles régnantes, et la stabilité n’y est gagnée qu’au prix d’impitoyables dictatures. Je ne crois pas que ce soit ce genre de monarchie dont notre pays a besoin.

La monarchie constitutionnelle ne marcherait pas au Burundi

Une monarchie constitutionnelle ? Je ne crois pas qu’elle marcherait mieux que la République au Burundi. Le modèle monarchique du Burundi ancien était celui d’un roi fort, qui écoutait certes ses conseillers, mais qui n’accepterait jamais d’être un figurant pendant que le Premier ministre prend toutes les décisions. Une monarchie vraiment constitutionnelle serait un modèle nouveau dans notre pays, qu’il faudrait inventer, construire de zéro. C’est vrai que Mwambutsa Bangiricenge l’a essayé, mais elle a été de courte durée et a été secouée d’instabilité, jusqu’à ce que le roi soit déposé par son fils avant de mourir en exil.  

Il n’y a donc aucune garantie qu’un système monarchique nouveau permettrait de réconcilier les Burundais. Les crises dites politico-ethniques qui ont endeuillé le Burundi ont eu lieu, non pas parce que les Hutu et les Tutsi se détestaient, mais parce que les pouvoirs créaient de toutes pièces ces « haines » pour asseoir leurs intérêts personnels. Diviser pour régner. Les victimes de cette mauvaise gouvernance ont fini par se détester. Et si des présidents ont instrumentalisé la haine ethnique pour arriver à leurs intérêts, les rois aussi peuvent le faire, puisque ce sont des hommes en chair et en os qui ont aussi leurs propres intérêts. Et il ne faut pas oublier que ce serait très compliqué de trouver un roi qui fasse consensus, étant donné que les descendants des familles royales risqueraient de s’entre-tuer pour ce « poste ».

Restaurer nos valeurs, pas les rois

Enfin, pour que le Burundi restaure la monarchie, il faudrait qu’il y ait une soif extrême de la population pour ce système. Si cette soif existait, il y aurait un parti monarchique fort. Or, le parti monarchiste parlementaire est très, très marginal, et la majorité de la population ignore même jusqu’à son existence.

Vu tout ce qui précède, j’en conclus que la restauration de la monarchie ferait plus de mal que de bien. Notre République est là depuis plus de 50 ans. Même si la plupart de nos leaders n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, ce n’est pas la République en soi qui est à condamner. Si elle nous semble imparfaite, nous pouvons la réformer, la « refonder » et en faire une république exemplaire qui respecte nos valeurs traditionnelles. Ce sont nos valeurs d’Ubuntu, d’Ubushingantahe, d’entraide et de respect mutuel sur lesquelles il faut construire notre république, et nous n’avons pas besoin de ressusciter les rois pour cela.

 

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Les commentaires récents (0)

  1. La restauration de la monarchie serait une pure tricherie politique.
    Si le Burundi traverse des crises socio-politiques cycliques, ce n’est pas à cause de la République mais plutôt des gestionnaires de la République.
    Peu de nos « leaders » ne résistent à l’appât de la richesse facile avec tous ses corollaires comme la corruption, la classe des intouchables, une justice avilie, le favoritisme, la surdité, la mégalomanie, et le mépris.
    Aussi, ces systèmes maintiennent la population dans une misère socio-économique, l’envie, la cupidité ainsi qu’un potentiel de violence manifeste.

  2. Tu ne penses pas bien dire. Les dés sont presque jetés; le futur roi n’a pas besoin de parti monarchiste qui gagne les élections. En Pologne, le petits-fils du dernier monarque polonais a gagné les élections, mais il n’a pas pour autant rétabli la monarchie. Il lui aurait suffi d’un référendum pour remplacer son grand-père. Ta réflexion est …nickel.

  3. C’est un signe qui ne trompe jamais: quand on commence à idéaliser le passé au point de vouloir y retourner, c’est qu’on a échoué le présent. Le seul conseil que je peux donner : Il faut assumer l’échec, au lieu de chercher des échappatoires.

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