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« Gira izina mupfaso! » : il est temps que la Burundaise ait un nom !

« Gira so, gira izina, gira iyo uva, n’iyo uja » (Aie un père, un nom, puisses-tu avoir d’où tu viens, et où tu vas, ndr). Plus jeune, c’est ainsi qu’on me saluait quand j’allais voir mes grand-parents à l’intérieur du pays. Mais aujourd’hui, je commence à m’interroger sur le vrai sens de ces salutations.

Des années ont passé. Je n’entendais plus ces mots qui résonnaient comme une douce mélodie à mes oreilles. Jusqu’à récemment, où j’ai fait un passage sur la colline natale de mon père. À ces salutations tout droit sorties de ma tendre enfance, j’ai répondu, un peu taquine : «N’ai-je donc pas de nom ? Et pourquoi vous ne mentionnez jamais la mère ?». Regards étonnés. Puis, j’ai réfléchi à ce que je venais de dire et j’ai trouvé ça très pertinent. Oui, pourquoi pas « Gira mama » ? (Aie une mère).

Et je me suis questionnée sur qui a inventé cette salutation. Est-ce dire que ma grand-mère, mes ascendantes n’étaient pas considérées ? « À quoi t’attendais-tu dans une société éminemment patriarcale, à la limite misogyne ? », me diraient certains. Ou d’autres s’exclameraient, agacés : « Arrête donc de  remettre en question tout ce qui concerne la femme, féministe,va ! » Mais, comment ne pas me poser des questions, connaître la place de la femme d’antan, mes aïeules ?

Une envie de comprendre donc, de saisir le sens de ces paroles me démangeait. J’ai demandé et on m’a répondu. « Quand on dit Gira Izina, on veut dire : aie un mari », m’a expliqué Jimmy Elvis, un ami historien. Parce qu’une femme avait un nom quand qu’elle était mariée à tel. Et on disait : Muka naka (Madame Tel) et les enfants qui naissaient au sein de ce ménage, on les identifiaient à leur père, et non à leur mère, car celle-ci n’avait de nom que celui de son mari. Raison pour laquelle on félicitait un enfant né au sein d’un couple marié, dans ces termes : « Aie le nom de ton père ».

Tout vient de l’homme « burundais »

Dans la tradition burundaise, « gira iyo uva », (puisses-tu avoir d’où tu viens), dit en filigrane, avoir un père qui t’envoie te marier à un autre homme (akurungitse mu Burundi). « Gira so (Aie un père) , renchérit l’ami historien, renvoie aussi à l’idée que l’on attribue l’ethnie de l’enfant à celui de son père. Si on te demandait tes parents, tu mentionnais ton père, et jamais ta mère ». En gros, « gira so » signifie « sois fier de ton père, ce que tu es tu l’es à cause du sang de ton père qui coule dans tes veines ». Et qu’on te respecte à cause de lui.  

Dans la tradition burundaise, l’homme incarnait la sagesse, la bravoure, la hardiesse, tandis que la femme était son opposé. Elle dit des ragots, elle est lâche, et elle n’a pas d’ethnie tout comme son sexe. Elle ne tient point de secret, et elle est faible physiquement. Elle n’a pas de grande valeur selon  certains dictons.

A-t-on évolué ?

2019, la fille est aujourd’hui éduquée. Elle a certaines (pas toutes) opportunités. Elle est presque l’égale de son frère. Sa considération a-t-elle changé pour autant ? Ariane, jeune fille entrepreneure florissante, s’estime épanouie, elle se réjouit de sa carrière. Elle est fière de travailler, et de pouvoir s’offrir une vie qu’elle veut. Et pourtant, sa mère pense que cela devrait se passer autrement. « Tout  ce que tu possèdes ne veut rien dire ! »,  lui dit-elle souvent. « À qui attribuer cette fortune, si tu n’as pas de mari ? Si tu n’as pas de nom ?», se lamente-t-elle.

La pression de se marier lui vient de toutes parts. Mais, aidez-moi à comprendre : donc, peu importe la vertu, le caractère hors du commun de la femme ou si elle s’en sort bien dans la vie, si elle n’a pas de mari, elle n’aura jamais izina ? Ne peut-elle pas être considérée comme une personne à part entière, sans toujours l’approprier à l’homme? Avoir son nom, à elle, qu’elle léguera à sa progéniture, si elle veut ?

 

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