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Les étudiants burundais face à l’épreuve des discours de haine

À l’aune de différentes échéances politiques, les étudiants sont sollicités aussi bien comme destinataires du discours politique que comme émetteurs de ce dernier. L’un d’entre eux, Blaise Izerimana, président du club de Sociologie de l’Université du Burundi, se livre à Yaga.

Accusations mutuelles d’effectuer des rondes nocturnes, affrontements entre étudiants, saisies d’armes, fermeture des résidences universitaires. Voilà, parmi tant d’autres, les évènements dont l’Université du Burundi a été le théâtre au cours de ces dernières années. Et ce n’est pas tout! Lorsqu’il faut recruter agents de campagnes, observateurs des partis politiques en provinces, les étudiants se trouvent en première ligne.

Comment se comportent alors ces derniers lorsque des messages de haine sont glissés dans les discours officiels ou officieux de leurs familles politiques, eux qui sont considérés comme des références de la pensée par bon nombre de membres de leurs communautés? En fonction de leur position sur le schéma de la communication des partis politiques, en quoi les étudiants façonnent-ils la réceptivité des messages de haine par les communautés ou au sein des institutions académiques? Et l’influence de la formation académique dans tout ça? Quelques réponses.

Yaga : Quelles catégories d’étudiants sont concernées par les messages de haine?

Blaise Izerimana : De façon générale tous les étudiants sont concernés mais beaucoup plus ceux qui appartiennent à l’un ou l’autre parti politique. Cependant, la manière dont ils reçoivent ces messages est différente selon qu’on est affilié ou pas à un parti politique. Également, le degré de réceptivité peut ne pas être le même, en fonction de l’objectif de l’adhésion à ces partis politiques.  Certains y adhèrent simplement pour chercher des postes politiques. D’autres adhèrent par peur d’être menacé ou de ne pas bénéficier de certains avantages de l’Université par exemple.

Yaga : En quoi les étudiants constituent-ils des porteurs privilégiés du discours politique en leurs localités d’origine?

Blaise Izerimana : Les étudiants sont considérés chez eux comme des élites. Tout l’entourage les admire et croit qu’ils détiennent les savoir et la vérité sur tout. Il est donc très facile pour eux de propager les discours politiques. Et lorsqu’il faut expliquer quelque chose, une situation donnée, ou un problème sociétal, le parti politique les met bien évidemment en avant.

Yaga : Pensez-vous que les étudiants sont sensibilisés sur l’impact des messages de haine?

Ils sont sensibilisés sur les conséquences des messages de haine. Et à leur niveau scolaire, ils ne sont pas sans savoir l’impact que cela peut avoir dans la société. En plus des radios, les professeurs ne cessent de le dire dans les amphithéâtres. Ce qui est étonnant, c’est que parmi ces étudiants, certains ont eux-même été victimes de ce genre de comportement.

Yaga : Lors des échéances électorales, les étudiants sont souvent sollicités dans les campagnes des partis politiques. Est-ce que leur niveau de formation leur permet de faire fi des discours de haine en cours dans leurs partis ou ils adoptent, eux aussi, ces discours sans filtre?

Les étudiants sont d’origines diverses. Certains d’entre eux ont perdu des membres de leurs familles dans les différentes crises qui se sont observées au Burundi. Ces mémoires peuvent les inciter à haïr les autres ethnies. Et lorsqu’ils arrivent à l’Université, ces mémoires ne sont pas forcément déconstruites.

En outre, on suppose que les étudiants ont un niveau supérieur à la moyenne des Burundais et partant de là qu’ils ont la capacité de réfléchir donc de filtrer. Mais force est de constater qu’une fois dans un parti politique, il leur est difficile de prôner une idéologie contraire à celle des représentants au sein du parti s’ils veulent prétendre à des postes dans différents secteurs de la vie du pays. Ainsi acceptent-ils de propager ces idéologies de haine.

Yaga : Quel est l’impact de ces discours sur la cohabitation entre étudiants?

L’impact est négatif. Selon l’appartenance politique, il y en a qui profitent de ces discours de haine et d’autres qui essaient d’y résister. Le risque est que cela  aboutisse à des confrontations entre les deux camps, comme ce fut le cas le cas par passé.

Yaga : Par quels moyens la formation académique et la cohabitation devraient-elles permettre la déconstruction des discours politique de haine au sein de la communauté estudiantine?

La distribution équitable des biens entre étudiants est l’une des voies. Comme il y a au sein de l’Université des étudiants appartenant à plusieurs partis politiques, des privilèges peuvent être offerts à certains. Le favorisme –kamwanawamama– ne devrait pas exister surtout au sein des institutions telle que l’université.

Les enseignants sont des personnes respectées et passent beaucoup de temps avec les étudiants. Ils devraient également prendre du temps pour conscientiser leurs étudiants en promouvant l’esprit critique. Des événements politiquement inclusifs pourraient également être organisés sur des réalités sociales qui prévalent au sein de la communauté estudiantine.

Yaga : 2020 approche à grands pas et la fièvre électorale va aller crescendo. Quelle devrait être l’attitude des étudiants membres des partis politiques face aux éventuels messages de haine en provenance de leurs familles politiques?

Les étudiants doivent savoir qu’ils sont l’avenir du pays. Ils sont la pépinière. Et si on tue la pépinière, cela veut dire que l’avenir ne peut pas être radieux. S’il y a des crises dans notre société, c’est parce qu’il y a eu dans le passé de mauvaises orientations notamment au niveau politique. Les politiciens sont à la quête de leurs gains.  Mais la jeunesse, notamment les étudiants, doivent se montrer exemplaires.

 

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