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« Le cynisme de la Belgique » : un procès d’intention ?

La considération des travers ou manquements d’une ancienne puissance coloniale et/ou colonialiste durant la colonisation pour condamner ses bons gestes d’aujourd’hui manquerait d’essence objective.

La compassion des autorités belges à la douleur des Français après l’incendie survenue à la Cathédrale Notre-Dame de Paris alors que les mêmes autorités « ferment les yeux sur les traditions que leur pays a fait disparaître » au Burundi pendant la colonisation ne dénote pas du cynisme.

Je souligne que je ne m’érige pas en avocat de ce royaume de l’Europe occidentale, colonie des Pays-Bas jusqu’en 1830. Je ne m’en tiens qu’à la morale et à la science, surtout à la rigueur de la critique en histoire. Cette dernière implique la neutralité et la distanciation en vue de faire une analyse avec du sang-froid.  

J’admets que la Belgique est attaquable sur sa gestion durant les 46 ans de colonisation du Burundi (1916-1962). Les Belges dirigeaient comme bon leur semblait. En guise d’illustration, l’attribution en 1921 de Bugufi aux Anglais qui géraient le Tanganyika territory, la dénaturation de nos valeurs socio-culturelles, la chicotte, les travaux forcés, la discrimination, trop d’impôts…    

Les faits sont têtus  

Les autorités belges ne peuvent pas nier les erreurs de leurs prédécesseurs de loin au Burundi. Devoir de mémoire oblige, voici ce que l’ambassadeur belge en poste à Bujumbura dit : « Dire que la politique coloniale du mandataire belge a eu des conséquences, c’est une évidence ».

D’ailleurs, aucune autorité issue d’une ancienne métropole, ne tiendrait un discours contraire à celui-là au sujet de la gestion d’une ancienne colonie surtout lorsque les faits lui donnent tort.

Pour le cas d’espèce, personne ne pourrait contester la persécution des Burundais d’alors, encore moins la cession de Bugufi sans l’accord des Burundais auxquels le pays appartenait.      

Cependant, le prétexte de l’incendie à la Cathédrale Notre Dame de Paris pour dénoncer les maladresses d’il y a presque 60 ans des colonisateurs belges me semble déplacé. L’un n’a rien à voir avec l’autre, ce sont des faits de natures différentes. Un incendie survenu brusquement d’une part et une politique mûrement réfléchie de l’autre.  

Autre chose, on ne compatit pas aux souffrances d’un prochain que parce qu’on en est à l’origine. À lire le texte de mon compatriote et ami, c’est comme si les autorités belges ne devaient pas compatir parce que leur pays n’y était pour rien.

Distanciation, contextualisation  

L’incendie à la cathédrale Notre-Dame de Paris a plongé l’ensemble du peuple français dans l’émoi. Un véritable drame. Dans de telles circonstances, c’est normal qu’un pays frère et voisin, membre de l’Union européenne comme le pays sous le choc, s’en apitoie. Ce n’est pas la Belgique seule qui a manifesté sa solidarité aux Français.

De plus, la compréhension d’un fait historique exige le recul dans le temps, autrement dit la contextualisation, en vue d’en comprendre les racines et la logique. Cela nécessite une rigueur à laquelle on ne peut pas se soustraire sous peine de faire une analyse erronée, dépourvue de toute vérité scientifique.

D’autres pays avaient au même titre que la Belgique des territoires sous mandat ou des colonies. D’ailleurs la Belgique en avait peu pour des raisons que je vous épargne (ce n’est pas la raison d’être de ce texte).

Comment les géraient-ils ? Je souligne que les droits de l’Homme n’étaient pas alors en vogue comme aujourd’hui. Autrement, les défenseurs des droits de l’Homme se seraient opposés à la chicotte, aux travaux forcés, à la discrimination, etc.

Des exemples pour convaincre davantage de l’importance de la contextualisation. Si une personne non-initiée à la critique historique s’étonnait que les femmes aient voté en France pour la première fois lors des municipales de 1945, presque 100 ans après la première présidentielle, le meilleur moyen d’en comprendre les raisons, c’est le recul, la contextualisation.

Sinon, ce serait facile de dénoncer une injustice, une discrimination envers les femmes dans ce pays où la loi sur l’égalité réelle entre l’homme et la femme est en vigueur depuis août 2014.   

Les puissances occidentales saluent aujourd’hui la mémoire de Nelson Mandela pour son rôle dans la lutte anti-apartheid. Mais ce sont ces mêmes puissances qui ont soutenu ce régime et coopéré avec lui dans tous les domaines jusqu’en 1994 et ce, sans se préoccuper du système raciste qui y régnait alors.

Le recul et la contextualisation est une règle d’or pour comprendre certains faits historiques insaisissables voire révoltants quand on les observe avec des lunettes du temps présent.

 

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