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Couverture sanitaire : qui en a le plus besoin ? 

Ne disposant pas encore de système d’assurance-maladie assez solide pour couvrir nos soins médicaux, la seule issue du Murundi le plus démuni reste le recours à l’aide du ministère de la solidarité. Mais qui n’aime pas la gratuité ? Brèche ouverte, même les supposés « plein aux as » à un certain moment se démènent pour en bénéficier : preuve d’une couverture sanitaire lacunaire. Voici un exemple.  

Il est 7h 15, dans ma blouse blanche, tête bien haute, je marche doucement vers les chambres des malades. J’ai tout mon temps pour honorer ce statut de Muganga prématuré. Portez une blouse blanche si vous voulez être appelé Muganga. C’est la réalité burundaise qui le veut. J’arrive, j’apprécie l’état des patients : température, tension artérielle, respiration et battements cardiaques. Une fois mon tour terminé, une chic dame, m’interpelle : « Bonjour Muganga ! Comment allez-vous ? J’ai entendu dire qu’on pouvait demander une autorisation pour bénéficier des soins gratuits. J’ai un enfant hospitalisé par ici, j’aimerais savoir comment faire pour avoir l’autorisation. »

Évidemment que c’est possible, la gratuité des soins au CHU-Kamenge n’est pas un mythe. « Oui, il arrive de prendre en charge gratuitement les plus démunis. Pour ce qui est des procédures, je crois qu’il faut demander au niveau de l’administration », lui réponds-je. 

Quelques jours plus tard, j’apprends que sa demande a été déclinée d’autant plus qu’elle avait pris une chambre au lieu d’un box (chambre commune pour quatre patients), un luxe qu’un indigent ne pourrait pas se permettre. 

Qui devrait bénéficier de cette gratuité des soins ? 

«Si un(e)patient(e) ne peut même pas se payer le paracétamol, allez-vous douter de son indigence ? À court terme, une simple demande d’autorisation de gratuité des soins par le médecin traitant peut suffire. Néanmoins, à long terme, certains documents sont indispensables pour étayer le statut d’indigent. Là, on peut parler de l’attestation d’indigence octroyée par l’administration communale de résidence, laquelle attestation ouvre même la grande porte vers le bon de solidarité pour plus de sécurité sanitaire », nous révèle un administratif. 

Qui aurait alors cru que madame était incapable de payer les soins de son enfant ? Il suffisait seulement de constater le petit bijou qui scintillait sur son cou sans parler de la douceur de son parfum pour se donner une idée sur son rang social. Mais qui sait ? Probablement qu’à ce moment, la dame avait des problèmes d’argent, ce qui d’une certaine façon lui donne raison de demander de l’aide. Ou bien voulait elle juste s’échapper sans payer un seul centime (la malhonnêteté existe).

Un système centré sur le malade et non sur la population

Le fameux « droit à la santé » dont nous jouissions tous nous oblige, riches et pauvres, à avoir une couverture sanitaire assez résistante et surtout pérenne ; c’est la Couverture Santé Universelle (CSU). Cependant, ne disposant pas de couverture assez robuste pour couvrir tout le monde, la logique veut qu’on donne priorité aux plus démunis. Ce qui exclut d’office ceux que l’on peut qualifier « d’indigents temporaires » comme la madame citée plus haut. 

Certes, il y a des progrès notamment dans la prise en charge du VIH/Sida, protection de la transmission mère-enfant, gratuité des soins aux mères et enfants de moins de 5 ans, le nombre de médecins par habitants, etc. Mais si on se soucie encore de l’état de son portefeuille pour se rendre à l’hôpital, c’est qu’il y a encore des lacunes à combler. Cela va à l’encontre même de la raison d’être de la CSU : des services et des soins de santé de qualité n’importe quand, n’importe où sans se soucier de problèmes financiers.

On devrait alors réviser et améliorer notre système de financement sanitaire, qui, actuellement repose sur le paiement direct. Pourquoi ne pas anticiper ces frais avec un impôt plus étendu et surtout plus équitable ? Pourquoi pas avec un régime d’assurance-maladie obligatoire en fonction de la capacité à payer ? Voire même les deux à la fois ? En tout cas, il nous faut encore plus d’efforts. Et c’est une responsabilité qui incombe beaucoup plus aux autorités nationales. Mais ce qui est réconfortant, c’est qu’il n’y a pas de formule magique universelle, divers pays ont pu trouver des méthodes différentes et ont pu réussir. Rendez-vous alors en 2030 pour voir si on a atteint la cible 3.8 des ODD qu’est la CSU. 

 

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