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Burundi : comment vit-on-la liberté de la presse ?

Alors que la loi régissant la presse garantit l’exercice de la liberté de la presse sur tout le territoire national, il est des cas qui semblent nous prouver que la réalité sur terrain est toute autre. 

Les récents déboires des journalistes du journal Iwacu sont venus comme pour confirmer un fait. Triste. Depuis un certain temps, faire du journalisme d’investigation, n’est plus aisé. Du tout alors. De quoi assombrir de plus en plus le ciel de la liberté de la presse au Burundi.

Regrettable dans un pays qui reconnaît cependant, par les textes légaux, l’exercice de la liberté de la presse. Ce n’est pas la loi de la presse en vigueur qui prouverait le contraire. Elle qui stipule par exemple en son article 45 que « le journaliste exerce son métier en toute indépendance et toute responsabilité sur l’ensemble du territoire national du Burundi. Qui plus est, dans l’exercice de ses activités, il a libre accès aux sources d’information et peut enquêter, commenter librement sur les faits de la vie publique.»

La triste réalité du terrain

Les textes sont clairs. Le libre accès des journalistes aux sources d’information est une règle. Et il n’y a pas d’exception. D’ailleurs, n’est-ce pas lui, Nestor Bankumukunzi, président du CNC qui exhorte les professionnels du métier à éviter « le journalisme de bureau »: « Ne soyons pas tentés par le journalisme assis », conseille le patron du CNC au professionnel des médias. 

Un conseil qui semble cependant être aux antipodes de la réalité du terrain : « Quand nous voulons nous rendre sur terrain, on doit faire face à maints problèmes. En tête de liste, l’accès aux sources. Comme nous travaillons sur un terrain glissant, on doit prendre des précautions pour notre sécurité et celle de nos personnes ressources. C’est ainsi que des fois,  en raisons de ce terrain glissant, on est obligé de déplacer nos contacts, des fois sur plusieurs kilomètres pour pouvoir s’exprimer librement. Et avec nos moyens limités, il arrive qu’on soit contraint de réduire nos sources, ce qui est en quelques sortes risqué pour l’équilibre de l’information », regrette Horace*, un journaliste  habitué des reportages de terrain et au journalisme d’investigation.

L’inquiétante rétention de l’information

Mais, pour Horace, le plus dangereux, c’est lorsqu’en plein exercice du métier, « on doit faire face aux suspicions d’une certaine population. Et là, on se retrouve en train de s’expliquer sur la raison de notre présence, contrairement à ce que prévoit la loi nous concernant. C’est aussi sans oublier de cas de menaces qui viennent de numéros anonymes quand on est connu pour avoir mené une investigation sur un sujet délicat. Croyez-moi, des situations de ce genre, on les a déjà vécues ».

Un témoignage corroboré par Hugo*, un autre journaliste qui remarque que « plus dangereux encore, c’est la rétention de l’information de la part de la population qui  craignent les représailles. Une rétention qui s’observe aussi du côté des administratifs surtout sur des sujets sur la politique et/ou de sécurité »

Tout ceci alors que l’article 46 de la loi de la presse en vigueur stipule qu’il ne saurait être refusé au journaliste le droit de filmer des événements, de publier et de commenter des informations à caractère public.

 

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Les commentaires récents (2)

  1. Les Burundais sont épuisés : les uns, les journalistes par exemple, dépensent d’énormes efforts à chercher les vérités pour informer les citoyens et le monde. Les autres – la population, les fonctionnaires, les politiciens – s’épuisent à cacher ces vérités que la classe dirigeante ne veut pas entendre. Ce jeu de cache-cache peut des fois devenir pitoyable : quand certaines personnes essayent de noyer la vérité dans un flot de formules plates apprises par cœur. On regarde sans voir, on entend sans écouter, on secoue la tête de dépit. Et le monde continue de tourner.