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Bujumbura : la salubrité dans certains restaurants coupe la faim

Sans eau ni lieu d’aisance, les marmites et les assiettes de nourritures font chambre commune avec les poubelles… Certes « ngo nta Murundi yishwe n’umwanda », mais le risque est bien réel.

On est à Nyakabiga II, un quartier du centre de la capitale économique. Il est 12h30. Devant la petite entrée d’un restaurant, dévoilée par un rideau tirant vers le noir, jadis blanc, il y a un petit robinet (fait maison) et une bassine noircie par les années et la poussière. Seuls ceux qui vont manger la pâte doivent passer pour se laver les mains. 

A l’intérieur, des planches de bois subdivisent la pièce en deux : la partie où on prépare le repas et une autre où les clients s’assoient pour savourer leurs lunchs.

Du coté réservé à la préparation, un homme en tee-shirt kaki reçoit les commandes et dose la quantité à donner. Cinq grandes marmites remplies de nourritures sont entreposées devant lui sur la table où il travaille tout en sueur. Derrière lui, deux marmites sont posées sur les braseros. Pendant que les clients passent les commandes, d’autres « kadogo » continuent à préparer pour les futurs clients. Tout près de ces braseros, deux grands sacs servent de poubelles. Trois bidons d’eau sont tout près. À quelques centimètres, sur une étagère, sont rangés les assiettes, les gobelets et les couverts. Et tout près encore des sacs de vivres.

Dans la partie réservée aux clients, des chaises sont placées autour des tables. Quelques hommes sont en train de manger et tout près de l’entrée un seau usé sert de poubelles où sont jetés les restes des aliments et les épluchures des avocats et citrons.  

Sans sanitaires ni robinets d’eau potable ?

S’il advient qu’un client de ce restaurant demande un lieu d’aisance, il va falloir qu’il s’abstienne un moment, le temps qu’on aille demander dans des familles vivant aux environs. « Heureusement, nos clients savent qu’il n’y a pas de sanitaires et ne viennent que pour manger », me confie le propriétaire avant d’ajouter qu’en cas d’urgence, on compte sur les voisins.

De plus, il n’y a pas de robinet d’eau potable. Ils puisent l’eau potable ailleurs, faisant que, des fois, ils utilisent l’eau sale pour le lavage des mains et la propreté des ustensiles de cuisine. « Nous achetons de l’eau par bidon dans des familles voisines. On essaie de gérer et d’user l’eau propre, mais jusqu’à un certain niveau…» , admet le restaurateur. 

Malheureusement, ce restaurant, qui se trouve dans le centre de la capitale, n’est pas un cas isolé. Dans beaucoup de restaurants des quartiers, l’hygiène semble être le second des soucis. Leurs propriétaires expliquent cette situation d’insalubrité par plusieurs raisons dont la principale est le manque d’espace suffisant : « Comment voulez-vous qu’une aussi petite pièce sert de salle à manger, de cuisine, et de stock  et espérer y trouver en plus cette hygiène ? La plupart des fois, on trouve une pièce à louer et il n’y a pas de place où ériger les sanitaires. On essaie de faire de notre mieux pour garantir l’hygiène dans nos guinguettes, mais ce n’est pas assez suffisant», se dédouane un propriétaire. 

Au moment où ces restaurants sont les plus abordables pour un Burundais moyen (entre 1000 et 2000 Fbu l’assiette), il reste à prier que le dicton rundi qui veut que « Nta Murundi yishwe n’umwanda »  ( Un Burundais ne peut pas mourir d’insalubrité, ndlr) ne s’accomplisse, sinon…

 

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