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#BdiEmploi : quelle formation pour quel emploi ?

Alors que les universités burundaises relâchent chaque année sur le marché du travail des milliers de demandeurs d’emploi, combien parmi eux ont la formation adaptée aux exigences du marché? À entendre les responsables académiques, tout y est mis. Pourtant…

Éric est un jeune médecin. Il sort à peine de la faculté de médecine de l’Université du Burundi. Le soir du 14 mars 2019 alors que ses yeux sont rivés sur son écran de téléphone, une annonce tombe : «L’Hôpital Régional de Gitega désire recruter deux médecins généralistes pour des postes vacants…». Son cœur bat la chamade. Il va sans doute postuler. Mais, plus bas, une des conditions exigées va remettre son cœur à un rythme normal. «Le médecin devra avoir des compétences avérées entre autres en…échographie!». Seulement voilà Éric n’a pas vu cela dans sa formation. Son profil ou plutôt ses compétences ne tiennent pas pour la fonction.

Il fait donc partie des quelques 13.91% des jeunes du milieu urbain qui évoquent, dans le rapport de l’ADISCO, l’«inadéquation entre profil et offre d’emploi, comme difficultés rencontrées lors de la quête d’emploi». Mais comment alors la formation est-elle organisée dans nos universités?

Une bonne théorie…

Les cours sont préparés par les universités en fonction des filières dont elles disposent. Ces programmes seront néanmoins envoyés à la Commission Nationale d’Enseignement Supérieur(CNES) pour approbation et validation. La CNES a également pour mission d’harmoniser les programmes des diverses institutions supérieures du pays. «Nous dispensons des cours qui permettent à un étudiant d’être en phase avec le marché du travail et nous organisons des stages à cet égard», dit Juvénal Singayimana, le Doyen de la faculté des sciences sociales à l’Université du Lac Tanganyika. Il faut dire que le programme est bien préparé, du moins en théorie, pour satisfaire cet état de fait.

Même son de cloche à l’Université Lumière de Bujumbura. «Nous formons des jeunes qui sortent aptes à compéter sur le marché du travail», assure J.M.Vianney Mwakamwiza, le Doyen de la faculté des Sciences de la Communication à ladite institution.

…mais surtout une pratique à améliorer

«Tout est bien cadré au niveau des programmes pour une bonne formation», nous dit Sylvie Hatungimana, Secrétaire exécutif permanent de la CNES. Mais en pratique pas si sûre! Et la responsabilité est partagée. Elle nous explique.

D’abord les étudiants qui «donnent l’impression d’être restés dans l’ancien système : maison-fac-maison! Mais qui oublient qu’actuellement, la compétition est rude et qu’ils doivent s’impliquer davantage pour être proactifs».

Ensuite, «les enseignants parviennent-ils à suivre ces programmes à la lettre?», se demande-t-elle. Certains se cachent derrière la massification des étudiants pour expliquer qu’il leur est difficile d’y arriver. Mais en principe, nous dit cette professeure à l’Université du Burundi, «quand vous enseignez, vous devez vous assurer que l’étudiant est actif, dynamique et communicatif; et surtout trouver des stratégies pour cela».

Des responsabilité partagées

Il y a aussi l’aspect immersion dans le milieu du travail. Et c’est là que notre société a encore le gros du travail car estime la professeure Sylvie Hatungimana, «c’est comme si nous n’avions pas encore compris que les jeunes doivent être aidés pour apprendre un métier!». En donnant l’exemple de l’Afrique du Sud où 1 à 2% du chiffre d’affaires des entreprises sont versés à des institutions d’enseignement supérieur pour aider les étudiants à bien faire les stages, elle appelle de ses vœux «à une collaboration étroite, qui  manque souvent entre les entreprises et universités locales pour un partenariat gagnant-gagnant».

À part cela, quand une université demande à ouvrir une nouvelle filière, la commission leur demande si elle est ouverte en fonction des besoins de la communauté. «Mais est-ce pour autant que nous allons bloquer les gens et la formation parce que le marché n’en aurait pas besoin?», se demande Hatungimana. Pas vraiment, répond-elle, car «non seulement le fait d’apprendre est un droit mais c’est aussi un plaisir, une fierté d’avoir fait ce qu’on aime».

Elle fait d’ailleurs remarquer que toutes les filières ont leur place sur le marché du travail. Celles qui ont tendance à être orphelines, le droit ou encore le français, pour ne citer que ceux-là, n’ont tout simplement qu’à diversifier l’offre de formation et s’adapter aux besoins du moment. «Une ouverture à la professionnalisation». Puisqu’au final, conclut la Secrétaire Exécutif Permanent, «on n’étudie pas pour avoir un emploi tout fait mais pour créer des ouvertures, d’abord  dans notre cerveau».

 


Pour lire notre dossier en intégralité, cliquez sur https://www.yaga-burundi.com/tag/bdiemploi/

 

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