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Lèpre : «J’ai remarqué une tache indolore sur ma peau…»

Le 22 février a été célébrée au Burundi la journée mondiale de lutte contre la lèpre. Bien que l’OMS ait déjà enregistré le Burundi parmi les pays qui ont déjà atteint le seuil d’élimination de la lèpre, la réalité montre qu’elle est de nouveau en pleine expansion et son éradication une problématique. Témoignage.

Mon nom est Aloys, 42 ans. Je suis originaire de Buganda à Cibitoke. Il y a environ trois ans, j’ai remarqué quelques taches indolores et insensibles sur ma peau. Elles ont commencé sur ma cuisse gauche. Je ne me grattais pas. Consulter pour de simples tâches, je n’en ai pas tenu compte. Je pensais que c’était une simple éruption. Lentement, plusieurs taches sont apparues sur d’autres parties de mon corps et la peau me faisait un peu mal. J’ai consulté à l’hôpital. Là, telle une lance, le diagnostic m’a transpercé : j’avais la lèpre. Je ne pouvais pas y croire. J’étais bouleversé.

Croyant que la lèpre entraînait une mort lente et douloureuse, et qu’elle touchait ceux qui avaient péché, je me demandais quel mal j’avais fait pour mériter d’être ainsi puni par Dieu. J’ai pleuré. Malgré les médicaments recommandés sans trop d’éclaircissement médical, j’ai quitté l’hôpital le cœur lourd.

Auto-discrimination

À mon retour à la maison, ma femme et moi, avons décidé de ne pas dire aux voisins et parents que j’avais la lèpre, pas même à nos fils. Me considérant indigne suite à des actes de marginalisation dirigés contre les lépreux, j’ai rejoint les chambres de prière. Sept mois après, prenant irrégulièrement les médicaments, les complications étaient à la porte. J’ai remarqué une plaie au pied gauche. Je ne sentais aucune douleur, car mes pieds étaient devenus insensibles. J’ai perdu mes deux orteils sans m’en rendre compte. À l’hôpital, consulté tardivement, ils m’ont expliqué que c’était une complication de la lèpre, et m’ont transféré à Bujumbura pour  l’amputation du pied.

Ravages

Le témoignage d’Aloys jette un coup de projecteur sur une maladie mal connue par certains Burundais, ou comprise comme une malédiction divine et autres rumeurs connexes. Pourtant, la lèpre, une maladie infectieuse et contagieuse, guérit si le traitement est débuté au stade précoce.

Malgré une prise en charge gratuite au Burundi, la lèpre reste une réalité qui, silencieusement, continue ses ravages. Selon le Programme national intégré lèpre et tuberculose (PNILT), sur 385 cas enregistrés en 2018, 322 cas transmettaient le virus bacillaire et 9 % de ces cas étaient des enfants. De 248 nouveaux cas dépistés en 2007, ils sont passés à 343 cas en 2009 avant d’atteindre 534 nouveaux cas fin 2010 dont 484 cas contagieux et à 445 cas en 2011 dont 396 cas contagieux. En 2012, alors que 350 nouveaux cas ont été enregistrés, ils étaient à 496 nouveaux cas en 2014, dont 83 % de forme contagieuse. Des chiffres qui interpellent.

Des pistes comme la sensibilisation via les médias et les leaders religieux, la promotion des associations des lépreux, l’animation des campagnes de dépistage précoce, la prise en charge gratuite, la construction d’un centre hospitalier des lépreux et la réinsertion socio-économique des anciens lépreux,…sont proposées par la PNILT pour une prise de conscience de tout un chacun en vue de contribuer à la lutte contre la lèpre.

 

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