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Le Cnared à la croisée des chemins

Après la défection du Frodebu en octobre dernier, d’autres membres du Cnared viennent de lui emboîter le pas. Le parti Rassemblement des démocrates burundais (RDB) a annoncé le 9 janvier son retrait du Cnared suivi par Frédéric Bamvuginyumvira, ancien Premier vice-président de la République puis par le parti Kaze-FDD, dirigé par Jean Bosco Ndayikengurukiye et en dernier lieu  l’UPD-Zigamibanga. Une saignée qui place cette plateforme dans une situation délicate. Analyse.

Jérémie Minani, Frédéric Bamvuginyumvira, Jean Bosco Ndayikengurukiye, Chauvineau Mugwengezo, tous reprochent à la présidence actuelle de «tourner le dos aux objectifs de création de cette plateforme».

La mission principale du Cnared est normalement la «réhabilitation de la Constitution de 2005 et l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation de 2000». Cependant, il semble que ses dirigeants actuels veuillent dévier de cet objectif.

Deux blocs divergent au sujet de l’orientation de cette plateforme des opposants en exil. D’un côté, cinq partis politiques et deux personnalités soutiennent que le Cnared se transforme en une coalition électorale pour 2020. Presque tous les dirigeants de la plateforme adhèrent à cette idée, en plus des leaders des partis membres établis au pays.  

De l’autre, 11 partis politiques et trois personnalités s’opposent à la transformation du Cnared en une coalition dans la perspective des élections de 2020. C’est dans cette catégorie que l’on retrouve les grands partis fondateurs de cette plateforme, notamment le MSD, le CNDD, le PPD-Girijambo regroupant les frondeurs du Cndd-Fdd, etc. Et les deux partis qui viennent de faire défection épousaient cette idée.

Pour rappel, lors de la création du Cnared en 2015, il était constitué de 500 organisations de la société civile, 26 organisations politiques et 7 personnalités dont les anciens chefs d’État Sylvestre Ntibantunganya et Domitien Ndayizeye, tous basés aujourd’hui à Bujumbura.   

 La désintégration du Cnared est une mauvaise nouvelle, pas seulement pour l’opposition

Primo, c’est une mauvaise nouvelle pour le Cnared lui-même. Cette coalition était déjà une plateforme fragile, minée par des divisions entre ses membres. Cette fragilité est en partie la raison pour laquelle le gouvernement burundais a boycotté le cinquième round du dialogue, puisqu’il ne prend pas ce melting-pot au sérieux. Maintenant, en se séparant, les membres du Cnared montrent à leurs adversaires, mais aussi à leurs partisans, qu’ils ne sont pas capables de s’unir pour défendre la démocratie et les accords d’Arusha, comme ils l’ont promis. Une fois de plus, l’opposition burundaise montre qu’elle est incapable de faire un front commun pour défendre une même cause. Même les partenaires internationaux risquent de ne plus les prendre au sérieux.

Une mauvaise nouvelle pour le dialogue

Secundo, c’est une mauvaise nouvelle pour la paix au Burundi. Malgré ses défauts, le Cnared était considéré comme une plateforme légitime de l’opposition par beaucoup de courants de l’opposition, et surtout ceux qui sont en exil. Aussi longtemps que les membres de cette plateforme gardaient un semblant de cohésion, ils nourrissaient l’espoir de trouver un accord avec le gouvernement qui  garantirait à ceux qui ont fui, le droit de rentrer au pays et d’y vivre en sécurité et en liberté. Plus le Cnared se désintègre, plus cet espoir s’écroule.

Cette désintégration ouvre la voie à plus de violences dans le conflit burundais. L’opposition en exil a toujours été tiraillée entre les partisans du dialogue d’une part, et ceux de la lutte armée d’autre part. Le discours officiel du Cnared a toujours été en faveur du dialogue, et c’est pourquoi les mouvements dits armés ont toujours eu une influence marginale. Maintenant, ça pourrait changer. C’est le Cnared modéré qui risque d’être marginalisé face aux plus radicaux qui prônent  la lutte par les armes.

Cette probabilité de voir l’opposition en exil basculer dans la lutte armée devrait inquiéter tout le monde. Bien sûr, le gouvernement peut se dire : «Bon débarras, il n’y a plus d’opposition». Mais ce serait une erreur. Le Burundi n’aura pas de paix durable aussi longtemps que des centaines de milliers de gens seront en train de vivoter dans les camps de réfugiés. Ces derniers ont toujours été un terrain fertile de recrutement des groupes rebelles, et aucun gouvernement ne devrait ignorer ce fait. D’où l’intérêt pour tout le monde de privilégier le dialogue.

Mais dans tous les cas, le plus grand perdant reste le Cnared

De tous les départs qui, jusqu’ici, ont déjà eu lieu au sein du Cnared, celui du Frodebu aura été un coup dur. C’est un parti qui a l’expérience de la gestion de l’État. Ainsi, contrairement à la plupart d’autres partis membres du Cnared, le parti du héros de la démocratie regorge de cadres expérimentés dans la gestion des affaires.    

Les dirigeants du Cnared, dont la plupart sont actuellement favorables à la participation aux élections de 2020, se devraient de concilier leur point de vue avec celui des leaders des partis et personnalités opposés à cette option.  

Sinon, si le désaccord persiste, le Cnared ne pourrait pas s’en sortir. Certains dirigeants de cette plateforme pourront rentrer pour participer aux élections. Les autres qui ne l’entendent pas de cette oreille, par ailleurs constituant la majorité et en mesure de mobiliser des électeurs, s’opposeront à l’utilisation de ce label.

Même si n’étant pas au pays pour battre campagne, ils donneront la consigne à leurs partisans sur place. Les leaders du Cnared qui auront participé aux élections n’en tireront que des miettes.  

Certes, le Cnared, une organisation circonstancielle, devait un jour se décomposer. Cependant, s’il venait à se disloquer suite aux dissensions entre ceux qui le composent, les Burundais garderont de lui, un souvenir d’une organisation minée par l’égocentrisme, dont les dirigeants ont été incapables de s’organiser pour leur cause.   

2020 avançant à grands pas, le Cnared s’affaiblit et Bujumbura de son côté s’active pour l’élaboration du Code électoral. Les leaders du Cnared qui rentreront pour participer aux élections de 2020 devront se soumettre aux règles du jeu dont ils ont fustigé la mise en place.

 

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