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« Bienvenue en France, sauf aux Africains! »

Le Premier ministre français Édouard Philippe a récemment présenté une stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux, #BienvenueEnFrance. Paradoxalement, certaines mesures de cette stratégie ne semblent ni accueillantes, ni attractives vis-à-vis (entre autres) des futurs candidats Burundais. Le blogueur Ivan Corneille MAGAGI III, dans la peau d’un étudiant burundais en France, exprime son incompréhension dans cette lettre ouverte.

Monsieur le Premier ministre,

J’ai suivi avec une attention particulière votre récent passage à la télé. En vue de l’attractivité des universités françaises que vous annonciez, j’espérais des mesures qui permettraient aux Africains d’accéder plus facilement à une formation en France. J’espérais une simplification des démarches et des exigences pour candidater aux différentes offres de formation et aux visas. Quelle naïveté!

Vous avez préféré dire qu’il est injuste que l’État finance l’éducation d’un étranger au même prix que celle d’un Français, enfant d’un contribuable. Mais, vous savez bien que les choses ne sont pas aussi simples que ça. Un étudiant international, ce n’est pas qu’une charge pour l’État. Comptez leur apport à l’économie, leur part dans la consommation, l’argent que leurs familles injectent dans une économie autre que celle de leur pays! Vous semblez oublier que quand ils travaillent pendant leur cursus académique, ils contribuent aux charges sociales de l’État, cotisent pour des retraites qu’ils ne toucheront pas forcément et surtout qu’ils deviennent des contribuables français dès leur arrivée en France.

Une incohérence qui n’a pas de nom

À la rentrée 2018, vous vous vantiez de rendre une centaine d’euros de pouvoir d’achat aux étudiants. Nous ignorions que vous comptiez reprendre par la main gauche seize fois plus que ce que vous aurez donné par la main droite. En guise d’exemple, pour une licence classique, ces droits sont passés de 406€ en 2017 à 261€ en 2018. Bientôt, ils pourraient passer à 2770€. Sacré changement de cap pour un gouvernement qui se bat pour le pouvoir d’achat des étudiants!

On sait déjà depuis des années que les étudiants vivent dans une telle précarité qu’ils ont tendance à renoncer aux soins de santé et à des repas. Qu’en sera-t-il dans les jours à venir pour les Africains? Surtout que tout cela s’ajoute à un niveau de vie beaucoup trop cher par rapport à l’Afrique où vivent leurs familles. Mais les ressortissants européens ne sont pas inquiétés par cette hausse des droits de scolarité. Et justement, je ne suis pas sûr de comprendre cette exception. Seraient-ils tous devenus des contribuables français, ou ils sont juste plus souhaités que nous Africains encombrants? Et quand vous sous-entendez que les étudiants africains seraient fortunés, je peine à comprendre si c’est du sarcasme ou de l’humour de très mauvais goût. Considérez-vous que les Africains soient devenus plus fortunés que vous autres européens?

Un schéma logique derrière cette décision?                                                  

Après que votre gouvernement ait eu le mérite de concevoir la politique migratoire la plus ferme de l’histoire de la Vème République (et peut-être même de toute l’histoire de France), je me permets de douter quant à vos intentions. Ce que je garde de votre stratégie se résume en une phrase: « Chers confrères européens, bienvenue en France, pays qui discrimine les Asiatiques, les Africains et les latinos pour vous faire de la place. » Monsieur le Premier ministre, vous flirtez avec l’électorat de l’extrême droite. Vous lui faites des cadeaux que même la famille Le Pen n’aurait jamais pensé lui promettre.

Depuis la grande grève des cheminots et la récente grogne des gilets jaunes, le climat français commence à s’habituer à des revendications qui n’aboutissent (presque) à rien. Vous faites la sourde oreille aux Français. Je ne crois pas que vous saurez écouter la «merdasse étrangère» qui réclame plus de chances et moins de ségrégations. Vous ne leur devez que très peu. J’ai beau signer des pétitions et inviter mes amis à faire pareil, mon cœur en détresse est paré à boire, à vous de lui trouver la juste coupe!

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