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La sexualité féminine, on en parle ?

S’il y a un sujet tabou chez les Burundais, c’est bel et bien la sexualité. Et quand elle touche au plaisir féminin, cela relève de l’indécence. Pourtant les femmes ne seront jamais libres tant qu’elles ne seront pas maîtresses de leurs corps, et de leur sexualité. Je profite de la campagne Speak pour vous parler de nous, les femmes fontaines.

La sexualité féminine, source de plaisir autant pour la femme que pour l’homme, reste une notion nébuleuse dans l’inconscient collectif burundais. Et quand je dis sexualité féminine, aujourd’hui je veux vous parler de la femme fontaine, assimilée à  l’éjaculation féminine. Oups!

La première fois que j’en ai entendu parler, c’était dans une discussion avec une collègue. Ce matin-là, on papote tranquille au travail quand elle lâche, droit dans les yeux, mais à voix basse : «T’es une femme fontaine toi?». Je la regarde, réfléchissant à quoi elle fait allusion. Elle voit que je n’ai pas bien compris, et c’est le cas. Puis elle me tape sur le dos de la main : «Ne t’en fais pas, moi aussi je ne savais pas ce que c’était, tout comme toi. Mais, tu es peut-être une Vénus qui s’ignore encore, comme beaucoup de femmes».

Et de se lancer dans des explications.

Comme une envie de pisser

Ma collègue démarre par des explications «scientifiques». Donc, une femme dite «fontaine» expulserait un liquide lors d’un rapport sexuel, notamment après stimulation du point G. Cette substance jaillirait par l’urètre en quantité abondante, jusqu’à quinze centilitres. Celles qui connaissent déjà leur corps, sentent quand elles vont expulser le liquide.

Arrivée à ce point, je l’arrête tout net. Dans ma tête ça fait tilt. Je lui raconte mon expérience : «Des fois, j’ai comme une envie d’uriner pendant les rapports sexuels, et n’ose pas interrompre mon mari, de peur de gâcher ce moment de bonheur. Serait-ce ça?»

Elle me regarde avec un sourire. «Ça fait combien de temps?», demande-t-elle. «Depuis des années!», je réponds. Elle éclate de rire puis lâche : «Pauvre ignorante».

Ce soir-là, j’ai décidé de me laisser aller, le ventre noué. Quelle fut ma stupéfaction quand je vis le regard mi-interloqué, mi-extatique de mon mari qui me lâcha : «Toi aussi tu fais ça?»

Depuis nous nageons, littéralement, dans le bonheur.          

Mythe ou réalité?

Autant l’ignorance et l’inexpérience sur les femmes fontaines divisent, autant son origine est partagée. Certes, toutes les femmes ne sont pas «fontaines», mais celles qui le sont ne devraient pas se sentir «impures» ou dysfonctionnelles. Tout comme celles qui ne le sont pas ne devraient se sentir incomplètes. Mais pour découvrir ce que vous êtes, c’est à vous de vous prendre en main (littéralement) ou  bien, n’hésitez plus à parler à vos partenaires de ce qui se passe en vous. Malgré leur air primaire, nombreux sont ceux qui sont au courant de ces choses-là.

Et vous les hommes ne soyez pas effrayés. La sexualité féminine est à l’image de nous-mêmes : mystérieuse, chaleureuse, aimante et elle récompense quand on y met le cœur. Si vous rêvez d’une femme fontaine, elle ne tombera pas dans votre lit comme la manne du Seigneur. Informez-vous, appliquez-vous. Au Rwanda ou en Ouganda, c’est même devenu tout un art.

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