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Un nouveau-né chez « les enfoirés »

La troupe théâtrale « Les enfoirés de Sanoladante » vient de signer une nouvelle création. Sa présentation est prévue ces 2 et 3 novembre à l’Institut Français du Burundi à 18h. Ayant eu l’occasion de voir l’avant-première, je me permets de nourrir un peu votre curiosité.

« Ose », tel est le nom du bébé qu’ils viennent de « pondre ». Cinq mois qu’il sommeillait dans les entrailles de la troupe, le voilà enfin là. « Il est à la fois toi et moi ». Il porte en lui notre sang, nos joies, nos peines, nos désirs, notre combat… Porté par certaines pépites du théâtre burundais déjà confirmées, la pièce promet de lever le voile sur ces non-dits ancrés dans nos idées farfelues, nos indiscutables convictions, notre tradition…

Dispute entre mari et femme, un artiste subjugué par la force d’une société qui dénie sa valeur, une mère qui tente de redresser la tendance sexuelle de son fils (ça vous donne des idées déjà?)… Je vous laisse cogiter. La barre est haute. Tels des athlètes à la veille d’une compétition, les acteurs se donnent à fond et à grands jets de sueur. Un exercice de style ambitieux, une création chorégraphique fascinante, une comédie musicale jouissive, un travail sur le rythme, timing, intonations, etc.… les comédiens emploient leur talent à assurer une meilleure performance ce week-end.

Encore de la comédie !

Le Burundi en a-t-il vraiment besoin ? Rien à faire. Une perte de temps, une digression, que des mots et des gestes bizarres, bon à divertir la population pendant que les hommes de sciences « exactes » font avancer le Pays. Voilà notre « immaculée » conception du théâtre, soigneusement entretenue jusque dans les chambres des concepteurs des programmes scolaires.

Est-ce dire que depuis 2012, les Enfoirés de Sanoladante nous arnaquent notre temps? Et après la Fin du monde, Trop c’est Trop, Kivu, L’Oeil du Cyclone…ils veulent encore « Oser » ? Ils mériteraient bien leur nom dans ce cas. Drôle façon de résumer tant de peine à titiller le cerveau pour y extirper une idée, aiguiser la langue pour l’exprimer, affûter les mots, exhaler son chagrin et châtier les mœurs en riant… Puis se retrouver comparé aux mauvais personnages qu’on interprète ou représente. Qu’est-ce que vous voulez ? On est au Burundi.

Une représentation qui engage pourtant une réflexion

Hormis l’affiche qui donne des suées à première vue, « ose » nous propose un line up original. Mêlant rire et sens, ironie et frustration, cette nouvelle création sème des points d’interrogation sur notre chemin, de la scène à la salle et de la salle à la maison. Elle expose et explose un bouillon de préjugés. Des réalités que nous gardons dans un doux silence. Des témoignages que la société nous plaque la main sur la bouche quand on ose en parler.

« Une histoire autour d’une seule intrigue principale, un salon bourgeois, des costumes empruntés aux encadreurs, à boire et à manger, des draps transparents qui laissent entrevoir les souffleurs et deux « girafes » pour tirer les rideaux…. ». Non, « ose » n’a rien de nos vieilles pièces à l’internat. Elle orchestre une variation choc autant sur le fond que sur la forme. Finira-t-elle par emporter notre adhésion, en dépit de ses nouvelles expérimentations scéniques ? Un coup de maître une fois réussi.

En un mot comme en mille, « ose » se veut un croisement de nos sensibilités artistiques, sociales et culturelles. Voilà pour vous mettre de l’eau à la bouche. Mais comme on dit : amaso y’uwundi ntagushimira umugeni. Rendez-vous à l’IFB.

 


A relire : À la poursuite de mon rêve

 

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