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Les raisons de l’absence de Bujumbura à Arusha

La 5ème et dernière session du dialogue inter-burundais vient de se clôturer. Elle aura été marquée par deux événements majeurs: l’aveu de l’échec du facilitateur Benjamin Mkapa et l’absence du gouvernement de Bujumbura. Tout un symbole.

Le pouvoir burundais a décidé de boycotter la 5e session du dialogue organisée par le facilitateur Benjamin Mkapa du 24 au 29 octobre à Arusha. Pour ne pas y aller, il a donné comme prétexte que le mois d’octobre est un mois de deuil pour les Burundais, un argument qui ne tient pas la route pour certains. Bien que le mois d’octobre soit celui où on commémore les anniversaires de la mort du père de l’indépendance, le prince Louis Rwagasore (le 13) et du martyr de la démocratie Melchior Ndadaye (le 21), ce n’est pas une raison de ne pas dialoguer avec les opposants.

La vraie raison pour laquelle le gouvernement n’est pas allé a ce 5e round serait simplement parce qu’il ne veut pas y aller. L’organisation des élections de 2020 devait être au centre des négociations. Négocier avec les opposants sur cette question signifierait que ces derniers auraient en partie le contrôle sur la manière dont ces élections seraient organisées, ce que le gouvernement ne veut pas. Comme le remarque l’analyste d’Iwacu, « ce que redoute par-dessus tout Bujumbura est une proposition de validation des prochaines élections par une instance internationale ou à tout le moins mixte. Cela reviendrait à remettre en cause la partialité de la Ceni, qui s’en trouverait diluée, vidée de sa substance. »

En d’autres termes, Bujumbura craindrait le scénario ivoirien. En 2010, le président ivoirien Laurent Gbagbo a perdu les élections parce qu’il n’avait pas le contrôle sur toutes les instances qui validaient ces élections. Bujumbura ne voudrait pas que ça arrive. D’où  le choix d’ignorer ses opposants en exil.

La suite dépendra de l’évolution des rapports de force

La question que tout le monde se pose maintenant est : « Qu’est-ce qui va suivre? » Le pouvoir voudrait le statu quo. Le statu quo veut dire ignorer les opposants en exil et organiser les élections de 2020 comme il l’entend, avec ceux qui voudront y participer en suivant ses propres règles. Peut-il y arriver? C’est possible. Tout dépend des rapports de forces. L’opposition est minée par ses propres divisions, les chefs d’Etat de la région ne semblent pas intéressés à faire pression sur le pouvoir. Donc oui, les rapports de forces sont favorables au pouvoir de  Bujumbura.

L’opposition critique le facilitateur Benjamin Mkapa et l’accuse d’avoir échoué à ramener le gouvernement à la table des négociations. Mais ce n’est pas vrai. Si le gouvernement n’est pas venu, c’est qu’il pense que l’opposition en exil ne pèse pas grand-chose et qu’il peut l’ignorer sans conséquence. Tant que les opposants donneront cette impression, ces négociations n’aboutiront à rien, même si on change de médiateur.

 


A relire : Les accords d’Arusha ne sont pas le remède miracle à tous nos maux

 

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