article comment count is: 8

Une histoire de boule

Nous nous acheminons vers la fin d’octobre rose, le mois dédié à la lutte contre le cancer du sein, la tumeur la plus répandue chez les femmes et responsable chaque année de quelques 12 000 décès. Au-delà des chiffres, ce sont les histoires de vies brisées, mais aussi de lutte et d’abnégation. Témoignage de Claudette, une Burundaise qui combat le cancer du sein.

2012 : Tout a commencé par une boule. Après l’accouchement de mon dernier enfant, j’étais épuisée. Être mère me rendait heureuse même si s’occuper de six enfants s’avèrent être un travail ardu. Quelques mois après cette naissance, j’ai remarqué que mon sein gauche était devenu plus volumineux. Je l’ai palpé et j’ai senti une boule à l’intérieur. Je ne me suis pas inquiétée. Toutes les femmes ont des seins de taille différente. J’étais en train d’allaiter mon petit dernier. En plus, cette boule ne me faisait pas mal. Pourquoi devrais-je m’alarmer par cette petite découverte? J’avais ma vie de famille à organiser entre mes nombreux enfants, mon mari et la construction de notre nouvelle maison, il y avait de quoi m’occuper l’esprit donc la vie a suivi son cours.

2015 : Trois années ont passé. La boule est toujours là. Pendant toutes ces années, j’ai appris à l’apprivoiser. J’ai augmenté la taille de mes soutiens gorge ou je n’en porte plus. De cette boule, j’en plaisante avec mes amies mais aucune ne me conseille d’aller voir un médecin. Qui irait voir un médecin s’il n’est pas malade? Elle me gêne plus qu’elle ne me fait mal. À part ce désagrément, la vie est belle. Mes enfants réussissent à l’école. Le petit dernier va commencer l’école maternelle. Avec mon mari, nous avons le projet d’acheter une nouvelle parcelle. Au milieu de toute cette merveilleuse vie, un matin, je me réveille avec une douleur tenace à mon sein gauche.  Je l’endure mais je ne peux plus rien faire avec le bras. Je décide de consulter un médecin généraliste qui m’oriente vers un gynécologue. Je demande : « Pour l’amour du ciel, pourquoi irai-je voir un gynécologue si je ne suis pas enceinte? » Il me rétorque que ces derniers se doivent de soigner aussi les autres parties du corps de la femme.

À partir de cet instant, tout se précipite. J’apprends que la boule est un signe de cancer du sein. Peur, abattement, colère. J’en veux au monde entier surtout à mon gynécologue. Je suis dans le cabinet et j’ai envie d’arracher toutes ces affiches qui y sont accrochées parlant de la femme sans évoquer le cancer. Je pleure de honte, d’ignorance et de désespoir. J’ai perdu trois années. Et ma famille? Et mes enfants? Qui va s’en occuper? Je viens d’être condamnée à mort. Le médecin me parle de chimiothérapie, me parle du Rwanda, du Kenya ou de l’Inde. Je ne veux rien faire. Je veux juste mourir en paix. Je passe mes journées à pleurer en cachette. Mes amies organisent des sessions de prière. Mon entourage me parle d’un guérisseur qui pourrait faire disparaître cette satanée boule. Personne n’écoute mon malheur. Certaines femmes m’évitent comme si j’étais contagieuse. Elles accusent la contraception, elles accusent mon mode de vie, elles accusent le diable.

Un jour, je décide de me battre pour moi, pour mes enfants. Je ne peux pas abandonner sans avoir lutté. Nous vendons une parcelle, nous demandons une contribution aux amis et familles proches et je pars enfin en Inde. En une année, mon corps est charcuté à coup de rayon, mon sein gauche est enlevé, mes cheveux tombent et mon goût à la vie s’envole. Penser à mes enfants est mon seul leitmotiv. Et le cancer cède du terrain. Une seconde chance m’est donnée pour vivre. Je me sens fière de mon combat et heureuse de mon succès.

2018 : Le cancer est revenu. Cette fois-ci, il est revenu en force. Pendant un an, j’ai essayé encore de lui livrer bataille mais le cœur et les moyens n’y étaient plus. Les gens ont salué le courage de mon mari. Ils l’ont félicité de ne pas m’avoir quitté.

À ce moment, je n’en ai plus pour longtemps. J’occupe une chambre à part dans la maison. J’ai entendu dire qu’ils lui cherchaient une nouvelle épouse. Je suis percluse de douleurs. Le cancer s’est répandu dans tout le corps. J’ai perdu l’usage de mes jambes. Toutes les positions me font mal. Une infirmière vient à la maison m’injecter de la morphine. C’est tout ce qui me reste. La vie me quitte lentement.  

Je m’appelle Claudette. J’ai 45 ans, je vais bientôt m’en aller et au début, ce n’était juste qu’une histoire de boule.

 


Lire aussi : Lettre d’adieu à ma crème éclaircissante

 

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (8)

  1. Salut Claudette,
    Je ne sais pas comment remonter la morale d’une personne souffrante mais bon j’espère que tout ira mieux pour toi. Continue de te battre, ne perd pas espoir. Dieu est capable de tout, ne l’oublie pas. Courage chère Claudette.

  2. Une bien triste histoire , je salue le courage de cette brave femme épouse et mère. J’ai l’ intime conviction qu’ en médecine, la prévention a une grande place. Sensibiliser les femmes a s’ autoexaminer et consulter dès qu’ elles sentent une boule. La boule peut être bénigne (un simple kyste) ou maligne ( un cancer) mais dans tous les cas un diagnostic et prise en charge par un médecin est nécessaire.
    Merci pour votre témoignage.
    Mesdames , à vos seins !

  3. S’ile vous plait dites Nous que c’est juste pour décrire une situation qui pourrait arriver ou este déjà arrivé mais qu’il ne s’agit pas d’une vraie maman malade qui a ecrit cela? Merci d’avance pour l’eclaircissement.

  4. Bonjour, l’histoire de Claudette me touche , j’aimerais aller lui rendre visite et prié pour elle , je suis sur que rien n’est impossible à Dieu, il va la sauver, pouvez -vous me donner son adresse exacte, et son numéro de phone ou celui de son mari. Please , muzoba mukoze

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure utilisation sur ce site web.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Si vous souhaitez en savoir plus sur les cookies que nous utilisons, veuillez lire notre politique relative aux cookies.