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Burundi: éducateurs ou prédateurs ?

Deux informations terrifiantes circulent depuis hier sur les réseaux sociaux. Les photos du corps meurtri d’une jeune fille d’un lycée de Bujumbura et l’annonce du décès d’un élève d’une école de Gitega. Leur point commun : ils ont tous été victimes des sévices de leurs professeurs.

Il y a de la répulsion, de la curiosité malsaine, de la perversité même en regardant la photo de cette jeune fesse striée de rouge, tombée comme par hasard dans une discussion de groupe Whatsapp ce 25 octobre 2018. Mais sa légende vient te glacer le sang. Cette dernière pourrait être résumée dans ces quelques lignes : «Je suis une élève d’un lycée de Bujumbura en 3ème post-fondamental. Pour avoir bavardé en classe, le préfet a décidé de nous punir en nous administrant cinq coups sur les fesses au lieu de nous retrancher trois points comme stipulé dans le règlement. Le préfet, en exécutant la sanction, a ajouté : ‘‘Vos fesses appartiennent à l’État, je peux en faire ce que je veux’’ . Comme pour dire :‘‘Ici, je suis l’État !’’»

Il y a de la peur en écoutant cet éducateur s’approprier le corps d’une de ses élèves. Il y a aussi des interrogations. Demain ne dira-t-il pas : « Ta poitrine appartient à l’État, ton sexe à l’État, et comme je représente l’État, j’en fais ce que je veux» ?

Il y a de l’horreur en lisant cette autre nouvelle : « Un élève de Gitega décède des suites de coups qu’il a reçus de son professeur. Les parents avaient déjà dénoncé le comportement violent de cet éducateur.» L’écolier en soi était en 5ème primaire et était délégué de classe. Ironique.

Il y a de l’amertume. Deux nouvelles sur la violence des éducateurs le même jour. Deux cas mis en lumière grâce aux réseaux sociaux dans un pays où moins de 6 % de la population est connectée. Deux cas qui pourraient être en réalité 10, 100, voire 1000.

Il y a de l’incompréhension. De la colère même quand on entend avec quel fatalisme quelqu’un du ministère de l’Éducation dire : «Frapper un enfant est antipédagogique et les enseignants le savent bien (OK). Dans la déontologie de l’enseignant, ils ont beaucoup d’informations sur comment traiter les enfants (Bien). Alors, s’il te frappe c’est son caractère ( Hein?), ce n’est pas le métier qui lui indique qu’il doit te frapper. »

Il y a du désespoir. Certains n’hésiteront pas à dire que ce n’est qu’une autre mort dans un pays qui en a connu des centaines de milliers depuis une vingtaine d’années. Que ce n’est qu’une fesse malmenée parmi les milliers de corps d’enfants violés, souillés chaque année dans un silence absolu.

Sauf que cette fois, la violence vient de quelqu’un censé dispenser le savoir, le respect de l’autre, l’Ubuntu. Sauf que cette fois-ci, la violence s’est manifestée dans un endroit qui devrait représenter la sérénité, la sécurité. Mais qui s’en inquiète ?


A relire : Les enseignants burundais, une espèce menacée ?

 

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Les commentaires récents (5)

    1. Chèr.e monsieur (ou madame), faites un tour à ce lycée (que vous semblez avoir bien identifié), interrogez les élèves et l’administration, vous saurez que nous n’avons pas réagi sur de simples rumeurs (et à l’administration, dites-leur qu’ils ont finalement pris la bonne décision en décidant de ne pas punir la jeune élève à l’origine des images, comme ils avaient l’intention de le faire ).

  1. Chaque enfant a le droit à la vie c’est pourquoi chaque personne doit contribuer!!Nous sommes des hommes adultes mais nous avons passé à ce stade d’enfance!!pourquoi nous l’oublions?

  2. Faut vraiment que l’etat interdise de frappé les élèves cette situation est devenu insupportable même a l’école où j’étudie ( lycée du lac Tanganyika) ç’est la même situation les professeurs nous maltraite alors qu’ils n’ont aucun droit faut qu’ils apprennent a nous respecter car ç’est nous l’avenir du burundi.

  3. Vous avez compris d’où vient la violence au Burundi. Ceux qui sont violents aujourd’hui ont été violentés hier !!! Quand allons-nous briser ce cercle infernal ?

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