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« Les produits burundais nous manquent », dixit nos voisins Rwandais

Un bon nombre de Rwandais vivent mal l’interdiction du commerce des vivres du Burundi dans leur pays. Cette mesure du gouvernement burundais a été prise en juillet 2017 à la suite des accusations de Bujumbura contre Kigali de «vouloir déstabiliser le Burundi».  Témoignages.

J’ai récemment séjourné dans la capitale rwandaise. Dès mon arrivée, mon hôte ne comprenait pas pourquoi je ne lui avais pas apporté de l’huile de palme. Cela faisait plus d’une année qu’il n’avait pas mangé l’isombe, ces feuilles de manioc hachées très finement et mélangées à toutes sortes d’ingrédients. C’est avec cette huile que les consommateurs rwandais assaisonnaient leur isombe. Faute de l’huile de palme que leur pays ne produit pas, ils n’en consomment presque plus.  

Les Rwandais regrettent également que les producteurs burundais de fruits, particulièrement des oranges et des mangues, ne soient pas autorisés à écouler leurs produits dans leur pays. Ainsi, les prix des fruits au Rwanda ont considérablement flambé. «Les oranges qui s’achetaient à 200 Frwa sont aujourd’hui à 400 Frwa», fait savoir un jeune habitant du quartier Nyamirambo.  

D’après lui, ils se contentent dorénavant des fruits en provenance de l’Ouganda. Cependant, ils ne seraient pas aussi juteux que les fruits du Burundi.  

Ce n’est pas tout. Les Rwandais adorent le manioc burundais, bien que le produisant aussi. A Kimironko notamment, les vendeurs de la farine de manioc attirent les clients en se targuant d’avoir la farine du Burundi, appelée ‘‘Ikivunde’’ ou ‘‘ikirobeke’’. Elle est très appréciée.       

Les «Ndagala» très appréciés aussi   

Josée, une femme âgée de 46 ans, a profité de sa visite au Burundi au mois d’avril dernier pour faire un peu de provisions : «J’y étais allée pour un mariage d’une amie d’enfance. J’ai grandi et étudié à Bujumbura. J’ai réussi à retourner à la maison avec 5 kg de farine de manioc et 8 kg de petits poissons ‘‘Indagala’’».  

En plus, elle avait fait une commande d’Uburobe à Gitaza au sud du pays, une pâte plus solide, que l’on peut découper au couteau et manger un peu comme un gâteau. Mme Josée assure qu’elle n’a connu aucune entrave pour faire passer son colis : «A l’aéroport, mes bagages sont passés comme une lettre à la poste». 

La sauce à base de poissons du lac Tanganyika lui manquait alors tellement. Le peu de Ndagala disponibles au Rwanda coûtent les yeux de la tête. Josée ne peut pas remplacer les petits poissons du Burundi par les «Sambaza», poissons pêchés dans le lac Kivu, servant de frontière entre le Rwanda et la RDC. «Celles-là ne sont pas aussi délicieux comme ceux du lac Tanganyika».  

Cette femme demande aux autorités des deux pays de se parler afin que les Rwandais accèdent de nouveau aux produits burundais. «Burundais et Rwandais, nous sortons des mêmes entrailles (Abavandimwe)», martèle-t-elle.

Aucun pays ne se suffit. Et de plus, le commerce suppose le Win-Win. Si les Rwandais sont en manque des produits en provenance du Burundi. Sans doute que les Burundais sont en train aussi de perdre, le Rwanda étant un marché d’écoulement pour tous ces produits.

 


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