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Pour une histoire de nez

Ceci est une fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Quoique…

Aujourd’hui je me suis réveillé à 7h du matin. Fait rare, c’était avant que mon réveil ne diffuse son bruit infernal. Je me suis assis sur le lit et je suis resté prostré pendant 15 min, la tête dans les nuages. Surtout ne pas penser.

Ma femme est déjà à la cuisine, je l’entends s’affairer. D’ici 30 min, le petit déjeuner sera à table. Nous sommes mariés depuis cinq mois, et elle ne cesse de m’épater. Mais aujourd’hui, l’entendre chantonner dans l’autre pièce ne me donne pas le sourire. Je n’ai même pas envie de manger. Je me jette sous la douche, enfile les mêmes habits qu’hier.

Je sors sur la pointe des pieds et en passant devant le miroir, je marque un temps d’arrêt. Pas une once de graisse sur le corps, un nez fin. Très fin même. Comment se fait-il que je ne l’avais jamais remarqué ?

Dans la rue, tout le monde marche d’un pas rapide. Tel qui travaille à Interbank et qui me hèle, cet autre cadre dans un ministère qui klaxonne dans mon dos, chacun se presse pour ne pas être en retard au boulot… sauf moi. Je traîne mes pieds et bifurque dans une ruelle sans savoir où elle mène. Elle est plus tranquille, c’est l’essentiel.

Esprit tortueux

Mon téléphone sonne. C’est ma femme qui m’appelle. Je suis sûr qu’elle doit m’avoir écrit des dizaines de messages sur whatsapp. A-t-elle oublié que je suis hors ligne depuis deux jours ? Ou ça doit être l’habitude. L’habitude de bombarder mon whatsapp de messages chaque fois que je dépasse 20h sans être à la maison, retenu chez Watos. Ces soirées passées à siffler des bières avec des collègues après le travail me semblent bien lointaines. Pourtant, la dernière fois date d’il y a cinq jours. Hier, j’ai essayé de joindre Stéphane, mon meilleur pote au boulot. Téléphone éteint. Qu’est-ce que je croyais.

Mon portable sonne encore. Je l’éteins avec rage. Toujours ma femme. Elle ne sait pas qu’en grande partie je fuie son regard contrit et ses « Tu sais chéri, je doute fort qu’on ferme vos bureaux pendant trois mois. C’est impensable. Que vont devenir toutes ces familles ?» Les femmes ! Elles vivent dans une autre galaxie.

En rangeant mon téléphone dans la poche, ma main glisse sur la carte de crédit et mon cœur fait un bond. Il y a deux mois, j’ai contracté un crédit à la banque assez conséquent pour m’acheter une parcelle. Ça m’était sorti complètement de la tête. L’avenir, je me disais. « Ha ! ». Le petit rire dément qui fuse de ma bouche me fait sursauter moi-même. Suis-je en train de devenir fou ? Non. Je viens juste de me rappeler que je dois deux mois de loyer, que le stock à la maison s’amenuise et que je n’ai pas un rond. Tordant non ? Jacques qui a cinq mioches dont quatre à l’école doit rire à s’en fendre le bide.

Tout n’est que folie

Je sors mon téléphone pour regarder l’heure. J’y aperçois l’ombre d’une tête hirsute. M…e, j’ai oublié de me coiffer et en passant devant le miroir, trop obnubilé par mon nez, je n’ai pas eu le temps de le remarquer. Une idée me traverse l’esprit. Dans le temps, quand on perdait un proche, on se coupait les cheveux. Coup de chance, je suis à quelques mètres d’un salon de coiffure.

En m’asseyant dans ce siège en cuir qui me rappelle celui qui moulait si bien mes fesses dans mon bureau (ex-bureau devrais-je dire), je soupire. En attendant que le coiffeur finisse ses préparatifs, j’ai tout le temps de me scruter dans le grand miroir en face de moi. Comme tantôt à la maison, mon regard est directement attiré par ce nez. Dieu! Depuis le matin, j’ai comme l’impression qu’il s’est encore rallongé. M…e. Pu… de nez! Je risque donc de perdre mon job, faire une croix sur mes projets à cause de toi ? Je te déteste!

Sur ce, le coiffeur s’approche de moi avec un grand sourire. Un détail me fait tiquer. « Je peux t’emprunter ton nez ? », m’entends-je dire. Il ouvre grand les yeux. Mon Dieu, je crois que je suis en train de perdre la boule.

 


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