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Non, les femmes ne sont pas que des profiteuses !

Mais j’aurais beau le crier sur tous les toits, il est très difficile de se faire entendre dans la société patriarcale, voire paternaliste, qu’est la nôtre.

Il est 9h du matin, je suis au travail. Dans un groupe de collègues, un homme envoie une image d’un joli couple légendée comme suit : «Un homme peut travailler durant 30 ans et être toujours content de son épouse qui est sans emploi. En revanche, si une femme travaille pendant 30 jours avec un mari au chômage, tout le pays le saura ».

En moins de deux minutes, le débat s’enflamme. Les femmes se fâchent : «Comment la société peut-elle être ingrate à ce point. Des centaines de foyers sont soutenus par des femmes ». Peu d’hommes soutiennent l’avis de la gent féminine. Ils enfoncent le clou : « C’est vrai à 95% ».

Pour moi, cela est révélateur d’un sentiment paternaliste qui est profondément ancré dans notre société. Une femme aura beau travailler et faire vivre son foyer, toute la reconnaissance reviendra au mari, « chef de famille ».

La racine du mal

Ça ne date pas d’hier. Dans le Burundi ancien, la place de la femme était au foyer. Elle se contentait des travaux domestiques et c’était au mari de pourvoir aux besoins de la famille.

Selon Désiré Manirakiza, Docteur en sociologie et professeur à l’Université du Burundi, ce préjugé structure les rapports sociaux de genre, avec, en toile de fond, l’idée de minorer la femme en la présentant comme inférieure à l’homme : « La femme a toujours été considérée comme le sexe faible. La loi s’en est mêlée en désignant l’homme comme l’unique chef de famille ».

Il ajoute que les femmes accomplissaient la totalité des tâches domestiques tandis que les hommes s’occupaient des affaires extérieures. Et pourtant… « En réalité, la femme burundaise n’a jamais été qu’une consommatrice. Même dans des situations où elle n’a pas un travail rémunéré, la femme a toujours été un support essentiel de son foyer et de son existence. Elle s’occupe de diverses tâches domestiques, entre autre l’éducation des enfants, la tenue de la maison,… », relève le docteur Manirakiza. Cet universitaire qualifie cette non-reconnaissance des tâches effectuées par la femme de « travail invisible ».

Les choses ont changé, mais pas la mentalité

Ivyari i magera vyarageruye (les choses ont changé) dit-on. La place de la femme n’est plus au foyer. Des milliers de femmes se battent pour faire vivre leurs familles. Comme il y a des femmes au foyer, il existe aussi des femmes qui occupent des postes de responsabilité. On les retrouve partout, dans toutes les catégories sociales, économiques, et même politiques.

Comme le souligne le sociologue, derrière ce préjugé se cache une domination masculine. Explication : « Derrière le préjugé de la femme consommatrice se joue la domination masculine. L’homme veut maintenir son pouvoir. Il est aidé, dans cette tâche, par la femme qui, soit par ignorance ou par sacrifice, préfère faire profil bas afin d’assurer la supériorité de son mari.»

Pour moi, les hommes devraient trouver un meilleur moyen d’affirmer leur masculinité. Comme ma collègue qui se fâchait de cette mauvaise blague, je trouve que c’est déplaisant et révoltant de se lever à 5h du matin pour n’être considérée dans la société que comme une petite profiteuse, un parasite qui ne survivrait pas sans la clémence et le bon vouloir de son hôte.

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Les commentaires récents (2)

  1. De toutes les façons, on se doit d’évoluer et être des gens qui ne suivent pas les convictions comme des aveugles. Nous devrions voir nos mamans, femmes, nos soeurs, nos tantes, nos collègues, nos amies, etc…Avant d’être aussi ingrats.