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Boat Party : ce n’était pas qu’une banale excursion

Dimanche 9 septembre 2018, des centaines de personnes embarquent à bord d’un chalutier de la marine burundaise pour une excursion sur le lac Tanganyika. S’agit-il d’une autre banale fête estivale comme certains l’ont pensé ? Que nenni.

Nous sommes le samedi 8 septembre 2018. Il est presque minuit. La mairie de Bujumbura en collaboration avec la délégation en charge de convoyer le flambeau de la paix animent un concert pour accueillir le flambeau qui, actuellement, fait le tour du Burundi. À la Place de l’Indépendance, la route est barrée par des festivaliers à majorité organisateurs (puisqu’ils portent des t-shirts à l’effigie du flambeau).

Je discute avec mon ami à propos du concert qui semble n’avoir pas été vibrant comme il a été annoncé à la radio et il me dit : « Tu sais, les gens feront la fête demain à bord d’un grand bateau qui fera une excursion vers Rumonge en passant par le lac Tanganyika. C’est la raison pour laquelle ils ont préféré dormir tôt aujourd’hui pour être en pleine forme demain sur le lac ». Je suis intéressé.

Soudainement, un premier feu d’artifice est allumé, puis un second. Quelques agents de la police qui n’étaient pas au courant de ce numéro spécial se mettent automatiquement sur le pied de guerre. Finie la fête ! Ou plutôt le concert se vide de ses spectateurs.

Le jour J

Dimanche 9 septembre, je suis parmi les premiers à être sur place à 8h du matin. Le port de Bujumbura est envahi petit à petit par des gens qui se dirigent vers une grosse embarcation de la marine burundaise. Parmi les personnes qui veulent embarquer, il y a quatre qui ne sont pas satisfaits du chalutier qu’ils aperçoivent. Ils s’attendaient à voir le somptueux « paquebot » qui leur avait été promis. Après avoir négocié leur remboursement, ils rebroussent chemin.

« Les personnes qui sont à bord ici, sont ceux qui ont déjà fait cette expérience au moins une fois ailleurs. Je me dis que les personnes qui se sont désistées n’ont pas eu le cran d’affronter les vagues même s’ils avaient eu le courage de payer le ticket », lâche Vincent, d’un air sournois. Ce sexagénaire se rappelle dans les moindres détails de la première fois que le Boat Party a été organisé dans les années 1998-1999.

« À cette époque, les gens avaient toujours en mémoire les tourments de la guerre civile. L’excursion fut une occasion de détente parfaite. La journée qu’on passa sur le lac nous fit presque oublier les maux qui nous hantaient au jour le jour : pas de distinctions ethniques, pas de préjugés sur la région d’où l’on vient ou la croyance religieuse. À bord, nous étions tous les mêmes, on voulait simplement faire la fête », se remémore-t-il les yeux dans les vagues.

L’enthousiasme, embrayé par une musique électro, la modération envoûtante de Kigingi et les jacasseries assourdissantes, est  palpable à bord du Boat Party.

« Ce pays n’est-il pas Nyabagendwa ! Même sur le lac Haragendwa ! », s’exclame, égayé, le vieux Ncoro connu de tous les Bujumburois.

L’embarcation s’approche doucement des rives de Gitaza. Un buffet est prévu sur la plage. Les nageurs s’élancent dans le Tanganyika, les moins courageux sirotent tranquillement leurs bières à bord. L’équipage se tord les méninges pour que l’embarcation n’écrase pas les nageurs et ne s’échoue pas sur la plage. Finalement le buffet sera embarqué à bord suite à quelques problèmes techniques qui ont fait que le bateau ne puisse pas accoster sur la plage.

La leçon

Si le Boat Party des années 90 a réussi à installer un climat de paix, de calme et de sérénité au sein d’une portion de la population à bord du bateau, leur faisant oublier la haine et la vengeance, pourquoi pas celui de nos jours ne ferait pas de même, voire à plus grande échelle ?

Pourquoi ne pas impliquer les autres provinces du pays et faire de cette activité un évènement national au même titre que le flambeau de la paix, du style Flambeau-sur-Boat Party. 

Il n’y a rien pour souder les gens que la fête au vu des amitiés que je me suis faites, des personnes avec qui à priori je ne partage pas les opinions. Mais elle aurait été encore plus réussie si elle s’était déroulée sur un bateau civil !

 


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