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Burundi : « Pas de perdiem, pas de formation ! »

Tu as déjà participé dans une formation à Bujumbura ou en province? Tu as touché un perdiem au moins une fois dans toutes ces formations, que tu as pris avec un certain plaisir. Participerais-tu dans un autre atelier sans ce perdiem? Très improbable. Souvent, chez nous, c’est l’argent qui prime sur tout le reste. Témoignages.

Gildas(pseudo), jeune licencié, sans emploi, participe de temps en temps dans des formations. Pour lui, pas de formation sans perdiem: « Tu ne vas pas me dire que c’est malsain de penser à de l’argent quand on participe dans des activités pareilles. Un jour nous avons participé dans une formation dans un pays de l’Afrique de l’Ouest. Les premiers jours, les Burundais avec qui on était, chacun dormait dans sa propre chambre. Les voisins d’à côté se partageaient la chambre pour économiser, et ils sont rentrés avec un peu plus d’argent que nous. Si on l’avait su dès les premiers jours, on aurait fait pareil. Quand on a des opportunités pareilles, on ne rentre pas riche, mais ce n’est pas mal non plus d’avoir un peu de tunes ». Et d’ajouter : « Pourquoi j’irais perdre mon temps dans une formation, m’asseoir pendant des jours, pour ne rentrer qu’avec des connaissances, dont je ne sais même pas où je vais les mettre en pratique. »

Jean Marie, père de famille, participe aussi souvent dans des formations. Il se confie : « Il m’est difficile d’accepter de participer si je ne suis pas sûr d’avoir au moins un peu de sous. J’ai un loyer à payer, des dépenses à assumer. Alors, si je dois participer dans des activités qui durent plus d’une semaine, je dois assurer mes arrières. Je ne peux pas rentrer les mains vides .Qu’est-ce que je dirais à ma femme? Elle risque de ne pas me croire si je lui dis qu’on n’a pas eu de perdiem, et les enfants doivent trouver de la nourriture à table. »

Une mentalité à combattre

Gustave, représentant d’une association œuvrant à Bujumbura, a déjà organisé des formations. Il a été confronté à cette réalité : « Nous avons organisé une formation à Bujumbura où nous avions réuni des jeunes des quatre coins du pays. Nous les avons nourris et logés. Nous avons même payé les tickets de ceux qui venaient de l’intérieur du pays. Et à la fin, nous avons été étonnés d’entendre ces jeunes dire que cette formation était “fake”! Pour eux, l’atelier aurait été une perte de temps parce qu’il n’y avait pas de perdiem! »

Heureusement, même si il y a ceux qui privilégient l’argent en premier lieu, Yann, un jeune licencié, n’est pas de cet avis. Pour lui, le plus important, ce sont les connaissances et le networking. « Même s’il arrive que ce soit payant, si j’ai les moyens, je m’engage à y participer », confie-t-il. Le jeune homme trouve minable cette mentalité de penser à l’argent au lieu des riches expériences qu’on peut en tirer. Et comme dirait Louis L’Amour, «la meilleure des choses est d’apprendre. L’argent peut être perdu ou volé, mais ce que vous avez appris est votre à jamais. »

 


A relire : Formations à l’étranger : une occasion de fuir le pays ?

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Il n’a y a pas de bon vent à celui qui ne sait pas où il va.
    La plupart des formations qui sont organisées ici dans la capitale ne tiennent pas compte des réalités et des besoins des participants. La raison en est simple : les organisateurs des formations ont des agendas qui peuvent être différents des aspirations des gens à former. Il va sans dire que les participants, habitués à longueurs des années, à des formations qui ne résolvent guère leurs problèmes, y vont juste pour récolter les perdiems.
    Par ailleurs la qualité des formations laisse à désirer aussi. Les formateurs ne maitrisent pas la matière ; ne se donnent pas la peine de bien préparer leur leçon. C’est pour cette raison que même ceux qui seraient motivé de participer dans la formation pour apprendre sont découragés et préfèrent aller là où ils vont récolter un peu de fonds au lieu de perdre inutilement leur temps.
    Par ailleurs, les Burundais, du moins pour la plupart n’ont pas la culture intellectuelle de se former en permanence. La formation est l’un des moyens d’acquérir de nouvelles connaissances ou d’actualiser celles acquises. Or, les Burundais mêmes les lettrés, après les études classiques croient détenir tout ce qu’il leur faut pour vivre comme des rois.
    Par ailleurs, la pauvreté aidant, il serait impensable qu’un parent, qui a des responsabilités familiales, passent des journées entières à suivre une formation que lui-même n’a pas cherché et qui probablement ne correspond pas à ce qu’il veut.
    Bref, la formation doit remplir quelques critères pour attirer les gens :
    1. Il faut que la formation soit pensée dans la logique de résoudre un problème quelconque : la formation proposer une solution concrète à un problème concret ;
    2. La population cible doit être homogène ; c’est-à-dire des gens qui ont le problème en commun ;

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