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Produits alimentaires non certifiés : à quoi s’expose-t-on ?

Mélanges d’ingrédients peu connus, concentrations incertaines, emballages parfois inadéquats, étiquetage douteux, conditions d’hygiène précaires, etc.…, voilà ce qui est reproché à un cocktail de produits de consommation récemment indexés par le Bureau Burundais de Normalisation et de Contrôle de la Qualité (BBN). Pourtant, trois semaines plus tard, plusieurs de ces produits se trouvent toujours sur  le marché.

« Je suis dans les normes», vous sort sans ambages un fabricant dont les produits ne portent pas de tampon du BBN. NIF et registre de commerce estampillés API (Agence de Promotion des Investissements), licence d’exploitation signée Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme…, avec un tas de documents  pour prouver la légalité de ses opérations, et les machines tournant à plein régime, le fabricant s’offusque : « Pourquoi retirerais-je mes produits du marché alors que je suis en règle ».

Toutefois, d’après une source auprès du Ministère en charge du commerce, la création de l’entreprise ne suffit pas. « Le produit ne doit atterrir sur le marché qu’après certification et octroie de la marque par le Bureau Burundais de Normalisation et Contrôle de la Qualité (BBN) », confie la source.

Et si l’argent était le nerf du problème ? « Faute de frais de fonctionnement pour le CNTA et le BBN, les factures d’analyse, de certification, voire d’encadrement sur l’amélioration de la transformation alimentaire restent sur le dos des fabricants. Ce qui rend également rude l’échantillonnage sur terrain », confie Twagirimana Servérien, chef de service-technologie alimentaire au Centre National de Technologie Alimentaire (CNTA).

Des risques de contamination plutôt énormes

« La fabrication des produits alimentaires en général doit tenir compte des normes de composition (physico-chimiques) et microbiologiques. Les produits non certifiés présentent ainsi des dangers potentiels liés aux conditions de fabrication, d’hygiène, de conservation et de distribution », dixit Professeur Kakana Pascal, enseignant-chercheur au Département des Sciences et Technologie des Aliments (STA) de la Faculté d’Agronomie et de Bio-Ingénierie (FABI) à l’Université du Burundi.

« Les analyses physico-chimiques appropriées permettent, entre autres, de fixer les concentrations limites et  les normes de qualité et d’examiner si certains composants chimiques, comme les pesticides et les métaux lourds,  ont été bien éliminés ou réduits en dessous des normes standards, au cours de la transformation. Si une certaine concentration, au dessus des normes se retrouve dans l’organisme du consommateur, ces contaminants constituent des poisons », explique le professeur. Les produits chimiques (potentiellement nocifs), ajoute-t-il, qu’on utilise au cours de la transformation ou qui restent en contact avec le produit de consommation constituent aussi un danger pour l’organisme du consommateur.

Outre l’alerte au danger chimique, il existe aussi un risque de contamination microbiologique. En effet, « les dangers que peuvent engendrer les microbes sont de deux types : les infections causées par les micro-organismes eux-mêmes présents dans l’aliment et/ou les toxi-infections provoquées par des toxines (aflatoxines par exemple) secrétées par ces micro-organismes dans l’organisme du consommateurs » Ces toxines, signale cet universitaire, sont extrêmement dangereuses (elles sont cancérigènes, neurotoxiques pour la plupart) et malheureusement les produits comme les jus et les farines céréalières sont le siège de ces microbes. 

Les emballages doivent également remplir certaines normes. « Si ces derniers ne sont pas appropriés, indique-t-il, ils laissent passer les infections chimiques/microbiologiques ou créent des conditions favorables à la croissance  des microbes. Le cas le plus frappant ici est celui des bouteilles de récupération ramassées ici et là, tel que les bouteilles de Heineken. »

Halte ! « Police alimentaire »

Une carte d’inspecteur pour effectuer des fouilles régulières, un feu vert pour contrôler tout produit osant s’infiltrer dans le circuit alimentaire sans certification, le BBN peut et doit agir en parfaite « police alimentaire ». Le fait-il ? Difficile à dire. Malgré son pouvoir à couper le mal à la racine, beaucoup de fabricants dont les produits figurent sur la liste noire du BBN continuent à régaler les clients en toute liberté.

Pourquoi sont-ils encore sur le marché? Sur ce, le Directeur a.i du BBN demande la « patience ». Mais dans l’entretemps, le consommateur lambda continue d’aspirer jusqu’à la dernière goutte son antidote miracle contre moult maladies  (Gafasha abubakanye, kazibura imitsi, kagabanya ibinure, etc.) sans s’inquiéter des possibles conséquences auxquelles il s’expose.

 


A relire : Ces mauvaises habitudes alimentaires qui ruinent la santé des Burundais

 

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