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Burundi : le business douteux des églises

En 2017, le Burundi recensait plus 550 confessions religieuses, sans tenir compte des églises qui ne sont enregistrées nulle part. Parmi ces confessions, plusieurs sont pointées du doigt dans des cas d’escroquerie et de malversation. Des mesures commencent à être prises.

« L’Église Agape Ministries International in Burundi est suspendue », peut-on lire à l’article 1 de l’ordonnance numéro 530/1103 du 16 août 2018 du Ministère de l’intérieur qui indique que « cette église a dévié de ses objectifs présentés lors de son agrément et qu’elle cause des désordres et fonctionne à travers un vol organisé et qui affecte même d’autres confessions religieuses ».

Il faut dire que le ministre avait averti différentes églises depuis mai. Lors d’une réunion à leur égard, il avait prévenu : « Nous avons constaté qu’il y a beaucoup d’églises et de groupes de prière qui fonctionnent en dehors de la loi ». C’était sans préciser les différents cas d’escroquerie constatés dans certaines églises, comme on peut le lire dans cette ordonnance suspendant l’une d’entre elles. Et les victimes sont nombreuses.

Des astuces, des astuces et des astuces

Éric est un jeune Burundais, la trentaine. Il a rejoint une de ces « Églises reformées » parce que, jeune licencié au chômage, il avait besoin d’espoir et justement dans l’église qu’il allait rejoindre « on priait pour les chômeurs pour qu’ils aient du travail ». Il débarqua alors dans cette église avec l’espoir des meilleurs lendemains. Et au départ il y croyait : jeune diplômé, il fut remarqué par les responsables qui lui proposèrent « d’aider » l’église avec ses connaissances. « J’ai donc commencé à travailler avec les responsables », confie le jeune homme.

Selon Éric,  les stratégies étaient nombreuses pour « soutirer » beaucoup d’argent aux fidèles : tantôt on demandait de l’argent pour construire le lieu de prière, avec fixation du montant que chaque fidèle  devait payer ; tantôt on demandait de l’argent pour aider les pauvres tout en prêchant que « donner l’offrande, la dîme et autres est un devoir pour tout fidèle », tout cela avec moult encouragements et promesses d’immenses « bénédictions » : travail, enfant, voiture, âme-sœur ou autres promotions  notamment  « montée de grade dans l’église» pour ceux qui payaient.

Jusque-là, Éric croyait que tout était fait pour l’amour de Dieu et de l’église. Mais c’est quand il a travaillé sur un projet d’extension de l’église et de mobilisation des fonds y relatifs qu’il a compris le vrai enjeu : « Quand on a reçu les fonds, je m’attendais à ce que les divers projets pour l’église soient réalisés et  grande fut ma surprise : tout l’argent s’est volatilisé ou plutôt a été partagé entre deux ou trois personnes et c’est là que j’ai décidé de tout arrêter». Et de conclure : « Certains responsables d’églises feignent de servir Dieu alors qu’ils ne sont guidés que par l’appât du gain. C’est un véritable business ».

Quid du suivi par l’administration ?

Le suivi des églises est assuré par l’Organe de Régulation et de Conciliation des Confessions Religieuses. Son directeur, Apôtre  Charles Nduwumukama, dit qu’ils sont au courant que « certaines églises se cachent derrière la prière mais avec d’autres visées », l’exemple étant celle-là suspendue suite au rapport de l’Organe sur l’église. Et de préciser qu’il y avait eu un vol flagrant d’une somme qui se comptait en millions, vol perpétré par le représentant légal en complicité avec d’autres responsables.

« Quand nous apprenons qu’il y a un problème ou que des chrétiens se lamentent, nous faisons des investigations avec des descentes sur terrain et si par hasard  il y a faute, nous faisons un rapport et des mesures s’en suivent », confie Charles Nduwumukama. Pour ce « gendarme de la foi », le plus difficile est d’avoir ces plaintes. Les chrétiens, interpelle-t-il, doivent savoir que l’Organe est là pour eux et qu’ils se doivent de les avertir s’ils constatent tout cas de malversations ou autres non-conformités à la loi. Il affirme que le délai de grâce est terminé pour les églises non conformes à la loi et promet une réunion, très prochainement, avec les responsables des églises, pour un « dernier avertissement».

 


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Les commentaires récents (1)

  1. Agape Sanctuary Ministries International est une eglise hors du commun. Mais, toutes les eglises travaillent de la même façon sauf que certaines cachent les ongles.

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