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« Dites à nos frères de la campagne que tous les citadins ne sont pas Bill Gates »

Certains d’entre vous ont déjà fait face à cette situation : de retour d’un séjour dans la capitale, les amis et connaissances restés « sur la colline » réclament cadeaux et autres faveurs. Mais qui leur a dit qu’à la ville l’argent se récolte sur les arbres ?

Vous débarquez à moto sur votre colline d’origine. Un endroit enclavé. Seule la motocyclette peut par ailleurs y accéder. Vous voilà sur place. Des mots mielleux, des flatteries vous accueillent : « Oh, tu es venu nous rendre visite ! Ça faisait longtemps vraiment!», « Comme tu as grossi! Ça te va très bien, en tous cas! ».  En d’autres mots, si vous avez pris de poids, c’est le signe ultime d’une vie aisée, que vous devez leur partager. Histoire de vous mettre encore plus à l’aise, ils vous posent des questions sur votre santé, votre voyage, vos cheveux… Vous seriez alors tenté de croire que les Burundais sont le peuple le plus bienveillant du monde ! Mon œil !

Vous allez vite déchanter quand viendra le moment le plus dur. Une séance de confessions-explications. Des doléances de toutes sortes. Un homme par-ci : « Une seule bouteille d’urwarwa me suffit. Sinkugora». Par là, un autre vous tire la chemise : « Moi, comme je suis  born again, fais-moi juste un billet de mille francs pour une tasse de thé ». On vous tiraille de toute part. Doucement, politesse oblige, vous répondez gentiment : « Nukuri ntamahera mfise. Je m’en excuse. Peut-être la prochaine fois je vous ferai une tournée». Mais, c’est souvent peine perdue, certains vous barrent même la route menant chez vous.

Pour ne pas encaisser le ridicule et éviter ce refrain monotone, vous distribuez alors les sous destinés à votre maman ou à vos proches. Les femmes de la campagne, plus subtiles, n’osent pas demander directement à boire. Des problèmes plus graves doivent être réglés, Dieu soit loué que vous soyez là: « Mon enfant a été renvoyé faute de minerval, je n’ai plus de savon, de sel, …». Face à ces supplications formulées à voix basse et avec gêne, comment dire non ?

Un préjugé à combattre

Dans la tête des gens de la campagne, vous autres habitants de la ville êtes nantis. Je le sais, parce que moi-même avant de venir vivre dans la capitale, je pensais pareil. Et ceux qui leur donnent de l’argent perpétuent cette fausse idée. Il faudrait leur faire comprendre que vous vous battez bec et ongles pour parvenir à joindre les deux bouts du mois ; que vous avez contracté un découvert à la «  Coopec » avant la fin du mois, pour régler une affaire urgente. Pour moi, autant récolter le sobriquet d’Arpagon que donner l’impression d’être ce que je ne suis pas.

 


A relire : « La ville c’est trop dur, je me tire à la campagne… »

 

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