article comment count is: 0

Masseurs ou gigolos, à vous de voir…

À Bujumbura, les salons de massage et de relaxation poussent comme des champignons. Si les hommes les fréquentent en grand nombre, il n’est pas courant que les femmes burundaises mariées(ou pas) y mettent les pieds. Le massage pour dames est alors devenu une affaire clandestine pour certains jeunes hommes diplômés sans emploi. Enquête.

Chris, Clovis, Éric (appelons-le ainsi) sont de jeunes hommes de 29-31 ans. Il y a quatre ans, nous  étions camarades de classe. Nous avons eu nos licences en psychologie en 2014. Jusqu’à aujourd’hui, nous sommes sans emploi fixe. Parfois, nous faisons des petits jobs ici et là mais de courte durée. Mes trois anciens camarades de classe ont donc décidé d’ouvrir leur propre « boite ».

Un vendredi après-midi, je leur  rends visite. Ils louent une maison de trois chambres à 200 mètres de notre domicile à Kigobe. Ça fait plus de six mois qu’on ne s’est plus vu. Nous avons beaucoup de choses à nous raconter. Une heure après, une voiture klaxonne au portail. Chris va directement ouvrir car le groom n’est pas là. Une femme en tenue de sport, seule dans la voiture, sort et embrasse sur la joue Chris. Elle entre dans la maison puis nous salue avec un air enjoué. Ils ne traînent pas au salon, tous les deux se dirigent directement vers les chambres.

Au balcon, on reste à trois. Très étonné, je demande à Clovis et Éric pourquoi ils entrent dans la chambre. Tous les deux rigolent. Clovis me répond doucement : « Maintenant Chris fait la consultation dans son cabinet. Nous appliquons ce qu’on a appris en psychologie. Nos patientes ont des problèmes psychologiques liés à leurs relations conjugales. On essaie de les résoudre. »

Je lui réponds que je ne comprends rien jusque-là.  « En fait, ici on fait le massage corporel.  Mais parfois, les veuves, les expats, les vieilles filles, etc., qui sont à la recherche du plaisir sexuel qu’elles n’ont plus dans leurs foyers, viennent aussi nous voir», explique Éric.

« Cette maison résidentielle  est devenue notre bureau de travail . Nous tenons  à la base un lieu de relaxation et de massage même si aucune indication des services offerts n’est visible. Seules, les femmes qui connaissent l’endroit viennent et prennent rendez-vous par téléphone», ajoute Clovis. D’après lui, ces dernières font du marketing pour leurs services, en les faisant connaître aux autres femmes. Toutes les premières prises de contact doivent se faire dans un bar ou restaurant pour voir si c’est une personne vraiment intéressée.

Devant mon air un peu choqué, Éric s’explique : « Nous arrivons chacun à nous faire 300 000 fbu par mois sans payer le loyer ni la nourriture, qui sont à la charge de nos clientes les plus fidèles. Combien de jeunes à Bujumbura parviennent à se faire un tel montant ? Nous en avions marre de passer nos journées à rien faire, alors que nous sommes soi-disant des licenciés.» 

Pour diverses raisons

Piqué au vif, j’ai voulu savoir les raisons qui poussent les femmes à fréquenter un tel endroit. Certaines ont bien voulu se confier à moi.

Mariam Fatou, une expatriée qui travaille dans une agence onusienne, est originaire de l’Afrique de l’Ouest. Elle est mariée et mère de deux enfants en Côte d’Ivoire. « J’habite avec d’autres collègues sous un même toit. Je ne peux rentrer avec un homme. Aller dans un hôtel avec mon partenaire m’est aussi difficile car parfois les policiers font des perquisitions nocturnes.  Donc, mon seul refuge est de fréquenter ces maisons pour ma relaxation corporelle voire même sexuelle », avoue-t-elle.

Maggy, une Burundaise mariée âgée de 46 ans  s’est confiée elle aussi. Son mari de 56 ans a de petites complications sexuelles suite au diabète. Il n’est plus à mesure de la satisfaire sexuellement . Elle a alors opté de se réfugier de temps en temps dans les bras vigoureux de ces jeunes hommes.

Quant à Josée, une femme d’affaires gravitant autour de 51 ans, elle est veuve depuis cinq ans et ne peut pas se remarier. Elle a tout sauf une vie sexuelle. Elle s’en est alors remise à Clovis. D’une différence de 20 ans, ce dernier a le devoir de la rendre heureuse et répondre aux exigences sexuelles de  Josée. C’est aussi la propriétaire de cette maison de Kigobe.

Les trois jeunes hommes savent que ce qu’ils font est à la limite de la légalité. Mais ne leur parle surtout pas de prostitution. Pour eux, ils ne sont que des masseurs qui offrent des services parfois spéciaux.

*les noms ont été modifiés pour des raisons d’anonymat

 


A relire : Vous avez dit massage ? Mon œil !

Partagez-nous votre opinion

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure utilisation sur ce site web.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Si vous souhaitez en savoir plus sur les cookies que nous utilisons, veuillez lire notre politique relative aux cookies.