Le dernier round du dialogue inter-burundais s'était tenu à l'hôtel Ngurdoto, Arusha © Yaga
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Reprise du dialogue inter-burundais : à quoi faut-il s’attendre ?

La nouvelle circule depuis quelques jours : des consultations seraient menées avec le Bureau du facilitateur Benjamin Mkapa en vue de la tenue d’une nouvelle et dernière session du dialogue inter-burundais. Mais à quoi faut-il s’attendre, étant donné que les efforts de médiations n’ont rien donné depuis 2015 ?

Il y a des raisons de croire que, cette fois, le dialogue a des chances d’avancer. La première raison est la décision du président Pierre Nkurunziza de ne plus se représenter pour un quatrième mandat en 2020. C’est lui que l’opposition tenait pour principal obstacle, et maintenant le fait qu’il ne va plus briguer le pouvoir pourrait amener ses adversaires à être plus conciliants. Le président sortant pourrait aussi vouloir créer une autre surprise et se fabriquer pour la postérité l’image de celui qui a remis le Burundi sur les bonnes bases.

Vers un gouvernement d’Union nationale ?

Le pouvoir a toujours invité les opposants en exil à rentrer pour préparer les élections de 2020. Étant donné que Nkurunziza ne sera plus dans la course, l’opposition sera prête à rentrer, mais elle exigera des garanties. Ce sont sans doute les conditions du retour des opposants en exil qui feront l’objet des négociations.

L’opposition dit qu’elle exige le retour des réfugiés, la libération des prisonniers politiques, la réouverture des radios, etc. Mais la plus importante et la plus difficile exigence de l’opposition sera la mise en place d’un gouvernement d’Union nationale.

Elle est importante parce qu’elle permettrait à l’opposition d’avoir accès à une part du pouvoir et des ressources qui l’aideraient à préparer les élections. Mais cette exigence est aussi difficile parce que le pouvoir n’y cédera pas facilement, lui qui prétend être élu et avoir la légitimité populaire. Mais elle est difficile aussi parce que le CNARED, la plateforme de l’opposition en exil, devra convaincre sa partie la plus radicale de la nécessité d’une telle exigence. En effet, une partie de l’opposition ne comprend et ne comprendra pas que le CNARED veuille « partager le gâteau » avec le pouvoir qui l’a persécutée.

Ce qui risque d’arriver est une solution intermédiaire : l’opposition acceptera de laisser Nkurunziza terminer son mandat, et en revanche, au lieu des élections, pouvoir et opposition s’entendront sur un gouvernement de transition en 2020. C’est une position que les uns et les autres pourront peut-être accepter. Un gouvernement de transition sera bien sûr bénéfique aux opposants, mais il permettra aussi aux « hommes forts » du parti au pouvoir de se positionner pour la succession de Nkurunziza sans être dans son ombre.

Une force étrangère

Le CNARED exigera aussi probablement une force étrangère de protection. En effet, les opposants en exil n’ont pas confiance dans le gouvernement qui les a persécutés depuis 2015. Là aussi, c’est une mesure que le pouvoir n’acceptera pas facilement, étant donné son allergie avec les forces étrangères.  

Quant au retour à l’ancienne Constitution de 2005, disons que c’est plus ou moins une chimère au regard de l’énergie et des moyens dont le pouvoir en place a usé pour organiser le référendum constitutionnel qui a vu le oui gagner largement.

Vu la dureté des questions qui seront discutées, il ne faut pas s’attendre à ce que le dialogue qui va reprendre aboutisse à des résultats dans un avenir très proche. Le processus pourrait prendre encore des années.

 


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