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« Imicoro » : quand les journalistes culturels nous rackettent

L’été s’annonce avec sa marée de concerts. Certains artistes vont faire salle comble sous notre regard admiratif. Mais savez-vous par quoi ils sont passés pour acquérir  cette notoriété ?

C’est un classique de fins d’émissions.

– Nous vous remercions beaucoup pour l’amabilité d’avoir bien voulu répondre à notre invitation. Ça a été un immense plaisir de vous accueillir.

– C’était un plaisir partagé. Même la prochaine fois si vous m’invitez, je reviendrai avec joie.

À prime abord, ces mots font penser à la courtoisie et aux bonnes manières des gens civilisés. La voix suave présentateur  qui ne tarit pas d’éloges à l’endroit de son illustre invité, « umuririmvyi aje atavyorosha muri game » comme ils aiment le dire, peut souvent cacher une toute autre réalité, celle de quelqu’un qui joue un rôle parfaitement maîtrisé. Lequel? Celui d’un animateur qui, par moult marchandages, se fait soudoyer pour accueillir un musicien dans son émission ou faire passer sa chanson.

Pas d’imicoro, pas de micro

C’est un néologisme qui doit faire grincer les dents des tenants d’un Kirundi clean. Je me demande même, si le plus farouche parmi eux, le linguiste Ntahokaja Jean Baptiste n’en souffre pas dans sa tombe au moment où je l’écris. Les Imicoro, du verbe argotique gucora qui signifie soutirer des sous à quelqu’un, font rage dans le monde de la musique burundaise. Un phénomène qu’un cador du hip-hop made in Buja, B.Face ne nie pas. « Le journaliste peut même prendre ton pognon et ta chanson, il ne la fera jamais passer en te faisant croire le contraire à chaque fois que tu le lui rappelles », révèle l’auteur de Hitamwo et La Différence.

Bej P,  lui, a le malheur de se retrouver dans la catégorie des proies faciles de ces journalistes véreux, les undergrounds. « Quand tu n’es pas connu, tu fais tout pour avoir un power play afin que tes opus atteignent le maximum d’auditeurs possible. Je ne généraliserais pas mais il y en a beaucoup qui sans les imicoro ou des tournées dans des bars, finiraient leurs carrières en stars à domicile », martèle ce jeune musicien qui ne décolère pas face à cette réalité.

À bas les journalistes véreux

J’ai du mal à trouver une différence notoire entre ces dictateurs à micros et ceux qui asservissent leurs peuples. À quelques différences près, leur fin de prospérer, au grand malheur des autres,  les unit dans un même panier. Si c’est vrai que, comme le dit un proverbe Rundi, à une génisse qui meurt tuée par le lait il n’y a point d’autre remède, comment cette musique de loosers comme se le demandent certains peut faire florès quand ceux qui devraient en assurer la propagation sont des spéculateurs sur la très sale bourse d’imicoro?

 


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