Grossesses à l’école : il existe d’autres solutions

En date du 26 juin 2018, la Ministre de l’Éducation a adressé une correspondance aux directeurs provinciaux de l’Enseignement (DPE). Dans ladite correspondance, la partie concernant le sort réservé aux jeunes filles ayant été « victimes d’une grossesse » ou aux garçons géniteurs semble être un pas en arrière quant à la promotion du droit à l’éducation pour tous. Pourtant, d’autres solutions pourraient être envisagées.

Les grossesses en milieu scolaire burundais sont une triste réalité et ne doivent, en aucun cas,  être banalisées. Selon le rapport d’une étude menée par le Fonds des Nations Unies pour la Population(FNUAP), 4760 cas de grossesses en milieu scolaire ont été rapportées entre 2009 et 2012. Néanmoins, si nous tournons les yeux du côté des facteurs influençant ces grossesses non désirées, nous comprenons très vite que pénaliser la fille et le garçon est loin d’être la meilleure solution. Le problème des grossesses en milieu scolaire est multifactoriel : la pauvreté, la dégradation des mœurs, le relâchement de l’autorité parentale et scolaire, le manque de communication entre les parents et leurs enfants à propos de l’éducation sexuelle et le mauvais exemple donné par certains parents et responsables scolaires sont autant de facteurs qui influencent ces grossesses précoces.

Sans vouloir résoudre un problème complexe à coup de bâton magique, quelques mesures moins répressives pourraient être préconisées au lieu de bannir les « fautifs » de l’enseignement. Par exemple le Ministère de la santé publique et de la lutte contre le Sida estime que les jeunes burundais manquent encore d’informations « fiables et complètes » sur la santé sexuelle.

L’ignorance tue

Les jeunes adolescents en train de découvrir leurs corps ont besoin d’accompagnement. Ils doivent disposer du maximum d’informations pour savoir et comprendre ce qui se passe en eux et à quoi ils s’exposent en posant tel ou tel acte. Il faut commencer par briser le tabou autour de la sexualité au sein de la société burundaise, premier coupable pour les grossesses non désirées. D’autres sociétés africaines, après avoir fait ce constat, ont introduit l’éducation sexuelle dans les programmes scolaires.

Sinon, que dire de l’éradication du comportement de certains enseignants qui engrossent leurs élèves ? Sans oublier celles qui se donnent à des motards, des footballeurs, des convoyeurs, des travailleurs dans les mines, pour s’offrir une vie décente (serviettes hygiéniques, habits, …) parce que leurs parents en sont incapables ou sont irresponsables.

Protéger avant tout

Il devient alors évident qu’une grossesse à l’école n’est pas toujours synonyme de prostitution  ou de débauche. Eh bien, il existe des « A-C-C-I-D-E-N-T-S ». Quant à ces jeunes géniteurs qui se retrouvent futur papa presque à l’emporte-pièce, ils vont devenir paradoxalement encore plus intouchables. Avec cette mesure, les garçons auront tendance à nier leur paternité et pour prouver le contraire, je vous souhaite bonne chance. Certes les tests ADN existent déjà au Burundi, mais ils ne se font pas au centre de santé du coin. Et ça m’étonnerait qu’une école débourse 400 dollars américains à chaque cas de grossesse pour « coincer » deux jeunes déjà en mauvaise posture.

Alors qu’on se réjouissait à peine de la mobilisation des acteurs après la publication des chiffres plutôt alarmants des grossesses en milieu scolaire burundais, cette mesure signe un enterrement de plusieurs années de travail des acteurs des droits de la personne et de la jeune fille en particulier. C’est une voie ouverte à des avortements à risque, des mariages précoces, même à des traumatismes psychosomatiques pouvant conduire au suicide. Non seulement, ces jeunes vont être plus vulnérables mais également l’intégration sociale sera plus difficile du fait que leurs ambitions seront enterrées à tout jamais.

À bon entendeur…

 


A relire : « Une grossesse n’est pas la fin du monde »

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