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30 ans, divorcée et paria

L’éducation de la jeune femme burundaise repose entre autres sur ceci: être vierge jusqu’au jour J, attendre son prince charmant, se marier et le rester quel qu’en soient les circonstances. Nos parents et plus particulièrement nos mères, nous répètent inlassablement qu’en dehors du mariage, il n’y a point de salut. Mais Larissa a osé rompre les liens sacrés du mariage. Voici son témoignage.

À l’âge de 13 ans, j’avais une amie dont les parents étaient divorcés et mes parents ne voulaient pas que je la fréquente à cause de cela. Ils parlaient du divorce comme d’une maladie grave et contagieuse. Tout le monde autour de moi traitait les enfants de divorcés comme la peste. Une dizaine d’années ont passé. Et je me suis mariée à mon tour.

Après avoir eu deux enfants, le divorce s’est imposé comme le seul choix qui me restait pour sortir d’un mariage malheureux. Quand j’ai annoncé la décision à mes parents, j’ai eu droit à un silence assourdissant. Ensuite, ils ont essayé de tout faire pour « sauver mon mariage ». Pour eux, c’était trop tôt pour envisager une séparation. D’ailleurs, ne m’étais-je pas mariée trop jeune ?

« Niko zubakwa »

Menaces, chantages sur les enfants et promesses matérielles étaient leur stratégie. Une seule solution était envisageable pour eux : vivre en colocataire avec mon ex-mari pourvu que nous restions ensemble et que l’opprobre ne s’abatte pas sur la famille. À la fin, ils m’ont prévenu que si je faisais aboutir ma décision, je n’aurais aucune aide de leur part et ma mère a ajouté : « Uzoba utaye ibanga. »

Je n’avais même pas 30 ans mais au bout de 6 ans de mariage, j’ai jeté l’éponge. Je ne me voyais pas vieillir comme toutes ces femmes aigries et dégoûtées de leur mariage mais qui n’osent pas franchir le pas, de peur de perdre leurs privilèges.  Elles souffrent en silence mais font le choix de rester. Mes tantes m’ont dit : « Nous sommes toutes dans la même situation que toi. Nous gardons les liens pour le bien des enfants ». Mais pour le bien de mes enfants, il fallait que je parte. Je ne m’étais pas mariée pour pleurer tous les soirs dans un coin du lit.

« Vaut mieux être seule que mal accompagnée »

Au moment où tous mes amis étaient en train de convoler en justes noces, j’étais en prise avec les affres de mon divorce. Les gens croient que tu te réveilles un matin et que tu décides de tout abandonner, surtout au Burundi où le divorce est considéré comme un échec dans la vie. Mais pour moi, c’était une position mûrement réfléchie surtout que je savais que je n’aurai rien. En tant que femme, tu as peur de perdre un statut, une voix, un nom et une place dans la société. C’est dur. Très dur. Tu deviens la rivale de toutes les femmes mariées. Tu deviens la risée de la famille. Je me suis dit : « Vaut mieux être seule que mal accompagnée ». J’ai pris mes deux enfants et je suis partie mais cela n’a pas été facile. Le procès a été long et pénible mais j’ai fini par obtenir le divorce et la garde de mes enfants.

Maintenant, deux ans ont passé. Je me suis reconstruite petit à petit. Les rumeurs, le regard des gens, j’ai appris à les ignorer. Je n’ai plus peur de dire que je suis divorcée. De toutes les façons, au Burundi, c’est toujours la faute de la femme. L’avenir me donne de l’espoir. J’ai une amie divorcée qui s’est remariée. Et comme dans toute chose, nous apprenons de nos erreurs. Mon mariage a été un échec parmi tant d’autres mais qui ne fait pas d’erreur ? Je ne regrette pas ma décision et cette phrase de Chambort me le rappelle : « Le divorce est si naturel que, dans plusieurs maisons, il couche toutes les nuits entre les deux époux. »

 


A relire : « Mariage, le plus beau jour de ma vie… Mon œil! »

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