Adeptes de Zebiya
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Lettre à Zebiya : « Que le sacrifice de nos proches ne soit pas vain »

Le 1er avril 2018, des milliers d’adeptes de la voyante Eusébie sont refoulés du territoire rwandais où ils s’étaient réfugiés après le massacre d’une quarantaine des leurs en RDC. Depuis, nulle trace de la « prophétesse ». Notre contributeur Didier Ndayirorere adresse une missive à la femme à l’origine de toute cette tragédie.

À défaut de vous appeler Madame ou Mademoiselle, tellement les rumeurs sur votre situation actuelle sont légion, je vais me résumer à votre prénom : Eusébie. Vous ne me connaissez pas, je ne vous connais pas non plus. On ne s’est jamais rencontré mais votre histoire a associé ma personne, contre mon gré, et sûrement indépendamment de votre volonté, dans les remous que provoquèrent vos visions. Des visions qui m’arrachèrent un vieil ami que la vie m’avait prêté, simplement parce qu’il avait eu le malheur d’avoir entendu vos paroles et d’y avoir cru.

La foi a ses raisons que la raison ignore

Mon ami, comme tant d’autres parmi ceux qui vous ont suivi, était une âme pieuse, douce, altruiste et pas du tout dérangée. Je me souviens de lui qui dirigeait nos prières au Petit Séminaire, c’était avant tout un être réfléchi. S’il vous a suivi, s’il a embrassé vos prophéties, il l’a fait par choix, aussi difficile qu’est pour moi de comprendre ce choix. S’il en est décédé, même si je doute qu’il y ait été préparé, j’ose dire qu’il était conscient des conséquences que provoquerait ce choix, et de la peine qu’il causerait à sa famille, à ses amis.

Cependant, ma conscience me taraude quant à la véracité de votre histoire. Non pas que je suis d’une nature sceptique (ben, un tout petit peu), mais juste que l’homme est un être complexe, sa nature est multiple, ses actes et ses dires varient souvent avec le temps. Mais seulement, vous êtes la seule à détenir la vérité, seule à savoir ce qui s’est vraiment passé à Businde. Au lieu de me torturer l’esprit, je vais vous accorder le bénéfice du doute.

Si et seulement si

Si vous dites la vérité, alors mon ami aura été sauvé par sa foi.  Mais, qu’en est-il de vous? Vous continuerez à fuir, acculée, calomniée, excommuniée ou pire assassinée … pour être adulée et reconnue des décennies voire des siècles plus tard par ces même bourreaux comme une âme audacieuse qui a bravé l’autorité d’une époque obscure qu’est la nôtre. Certains fervents adeptes vous demanderont intercession, votre image trônera dans certaines églises ou foyers tel un christ pantocrator irradiant sa puissance devant ses fidèles.

Mais si toute votre histoire n’est que supercherie, alors le départ de mon ami aura été vain, et vous? Vous serez maudite et maudite des vôtres. Ces âmes à la recherche d’une nouvelle bonne nouvelle que vous aurez égarées seront vos pires cauchemars. Votre nom sera un paria que l’histoire se chargera d’effacer de ses annales. Vous aurez juste été comme ces illuminés lettrés qui ont espéré laisser leur marque dans un monde où le temps s’est chargé d’enterrer leur mémoire.

En attente d’une autre tragédie pour nourrir mon insatiable esprit à travers les encres qui en couleront, je vous laisse en espérant que mon ami, ainsi que tous ceux qui vous ont cru, ont fait le bon choix: celui de suivre leur foi.

 


A relire : Affaire Zebiya : journal d’une fille abandonnée par sa mère

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